Retour [PV Sara] {#001}

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    Gilad Antilles
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    Message par Gilad Antilles le Ven 12 Déc 2008 - 20:41

    « Je ne veux pas le savoir, huit. Quand je dis que vous filez à l’infirmerie, vous filez à l’infirmerie. Tout de suite ! »

    Gilad venait à peine de sauter à bas du chasseur biplace qu’il venait de poser dans le hangar qu’il devait à nouveau faire preuve de son autorité. Face à lui, Katina Udesky voulut dire quelque chose mais se retint aussitôt. Elle savait quand il ne fallait pas discuter avec le chef d’escadrille. Quand il avait ce ton incroyablement neutre, presque cassant. Comme maintenant, par exemple.

    « Faites examiner ce bras, et restez tranquille. Doc’, vous l’accompagnez. Voyez aussi si Beleril a besoin d’un coup de main. J’ai la très nette impression qu’on ne risque plus de faire une sortie dans les minutes qui suivent. »

    Kat hocha la tête, et Thorne et elle s’en furent aussi vite que la blessée pouvait marcher. Gilad ne s’en voulut pas un seul d’instant d’avoir été si sec. C’était son rôle. Il s’entendait encore le répéter à Nathan lorsqu’il l’avait reçu dans sa cabine après une énième…

    Nathan.

    Merde. Gilad se pinça l’arrête du nez et ferma les yeux, essayant de retrouver tout son calme et sa concentration. Autour de lui, les techniciens d’Adonis s’affairaient auprès des chasseurs, et Antilles ne put s’empêcher de remarquer qu’il en manquait. Profitant de ce détail pour recentrer sa pensée, il se demanda ce qui avait bien pu arriver aux appareils. Et où était Wilson ? Jamais là quand on avait besoin de lui, évidemment. Puis Gilad se rappela qu’il n’était pas venu seul et se retourna vers le chasseur biplace. Il se retint juste à temps d’aider Sara Ascroft à en descendre. Il savait pertinemment qu’elle n’aurait pas apprécié, et il n’avait pas envie d’entrer en conflit avec qui que ce soit en un pareil moment.

    « Chef ? »

    C’était Lara. Elle poussa Vincent en avant, un air interrogateur sur le visage.

    « Qu’est-ce que j’en fais ? »

    « Mettez le quelque part où il ne risque pas de faire de bêtises, et où on peut le garder à l’œil. La cale de ce navir n’avait pas encore de rats, voilà qui est fait. »

    Boss salua et poussa son paquet en avant. Quant aux autres pilotes revenus de Mars, Gilad leur fit signe et il se réunirent autour de lui. Inspirant discrtètement, il résista à l’envie de se passer une main sur le visage, et à la place il toisa un à un ses hommes , les gratifiant d’un regard « faites ce que je vais vous dire sans discuter » :

    « Allez tous prendre quelques minutes de repos. Je ne sais pas quand on aura encore besoin de nous, aussi tenez-vous prêts. Allez ! »

    Les Phantom présents se dispersèrent, et Gilad sortit son bloc de donnée. Il pianota très brièvement sur le clavier et apostropha un technicien :

    « Envoyez un message sur le pont. L’escadrille est rentrée, et attend des ordres éventuels. »

    L’homme hocha la tête et s’en fut transmettre le message à la console la plus proche. Antilles avait vu que le hangar avait été plutôt secoué, et il se demandait quelle était l'étendue des dégâts sur Adonis. Gilad ignorait que Siranno avait été tué, il n’était pas exactement au courant de l’opération qui avait mobilisé quelques uns des chasseurs non utilisés, et il aurait bien aimé savoir où était Wilson Khaine. Il aurait aussi bien aimé dormir une dizaine d’heures, mais on n’avait pas tout ce qu’on voulait dans la vie. En tant qu’officier, il l’avait appris très vite et s’en accoutumait. Seulement, il y avait des choses auxquelles on ne s’habituait pas. Jamais.

    L’espace d’un bref instant, Gilad eut l’air aussi fatigué qu’il l’était, et il cligna des yeux avant de se tourner vers Sara, reprenant la contenance dont il était coutumier. Il ne savait pas si elle avait perçu ce qu’il appelait un moment de faiblesse et, curieusement, il ne sentait pas d’humeur à y accorder une véritable importance. Pour tout dire, il se sentait las.

    « J’imagine qu’il est inutile de vous demander d’aller faire un tour à l’infirmerie ou de vous demander d’aller vous reposer quelque part. »

    Puis, comme Gilad restait Gilad même dans la plus intense situation de crise, il finit par ajouter :

    « Bienvenue sur Adonis, agent Ascroft. »
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    Sara M.J. Ascroft
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Sara M.J. Ascroft le Ven 19 Déc 2008 - 16:18

    « C’est un rêve. »

    C’était aussi simple que ça. Sara essayait de s’en convaincre tandis qu’elle observait la planète bleue devenue grise, bardée de métal à travers la large baie vitrée d’une station orbitale. Cette vision lui donnait la nausée. Pourtant, Sara n’avait jamais été particulièrement branchée « nature et petits oiseaux ». Seulement, ce qui se trouvait sous ses yeux allait à l’encontre de la notion même qu’elle avait de ce qui devait s’appeler « une planète ». Ce qu’elle voyait était d’une tristesse à mourir.
    Mais cela n’avait aucune importance, puisque ce n’était qu’un rêve, se répétait Sara. Un rêve très étrange, difficile à expliquer, mais c’était sans doute des choses qui arrivaient dans l’état émotionnel et physique dans lequel elle se trouvait.


    « Oui, mais c’est aussi un moyen de communiquer. »

    Quelque chose de doux et tiède toucha l’épaule de Sara qui sursauta et se retourna brusquement pour faire face à la plus étrange créature qu’elle eût jamais vu. L’être recula de quelques pas rapides et rangea furtivement ses curieuses mains derrière son dos.

    « Ce que vous voyez, c’est moi qui vous le montre et je vous assure que c’est la réalité, s’empressa d’ajouter l’inattendu personnage, sachant apparemment que le sujet de la conversation allait vite changer. »

    Sara ne savait pas trop quoi penser de lui. Il était plus grand que n’importe quel être humain, Ase ou Shitennô, à quelques exceptions près, sans doute. En tout cas, il devait mesurer largement plus de deux mètres. Mais son allure était tellement effilée que Sara avait l’impression qu’il se briserait en mille morceau si elle s’avisait de le toucher. Son apparence était à la fois très éloignée et très proche des humains, des Ases et des Shitennô. D’un côté, quand Sara le regardait, les différences physiologiques entre les trois espèces « intelligentes » du Cercle lui paraissaient dérisoires. D’un autre, l’être avait sans conteste une apparence humanoïde qui la rapprochait des trois races. Le squelette de la créature présentait quelques différences évidentes, mais la structure générale restait la même. Les détails les plus frappants étaient des articulations pourvues d’excroissances osseuses. Sara avait eu le temps de remarquer que les mains du mystérieux personnage n’avaient qu’un pouce et deux doigts. La forme de son crâne semblait légèrement différente également, mais ce n’était pas le plus étrange. Le visage de la créature semblait maigre, émacié, son nez était très aplati, sa bouche sinueuse et ses immenses yeux étirés étaient dépourvus de cornée. Il s’agissait de surfaces lisses d’un noir luisant. Sara remarqua avec une certaine curiosité les branchies parfois frémissantes qui se dessinaient sur ses joues creuses. Elle constata également l’absence totale de pilosité de la créature. En lieu et place de chevelure, l’être arborait… Qu’est-ce que c’était au juste ? Cela ressemblait à une multitude de longues queues de chaire qui coulaient derrière son dos en une parodie de dreadlocks. Et pourtant… Sara vit ces protubérances de chaire bouger. Il s’agissait donc de muscles. Sara ne put réprimer un frisson en se demandant à quoi pouvait bien servir ce drôle d’organe.
    Le portrait aurait pu glacer les sangs… Mais les couleurs irisées de la peau de la créature et son visage et son corps expressifs empêchaient cela. Une grande tunique qui semblait à la fois antique et futuriste à Sara couvrait en grande partie le corps de l’être.

    Sous le regard scrutateur de Sara, la créature recula encore d’un pas. Tout en elle respirait la bienveillance, mais aussi un peu de timidité et de crainte.


    « Je dois vous paraître effrayant. Je dois ressembler à ces horribles aliens de holo.
    - Mmh… Pas tant que ça, répondit Sara prudemment, mais honnêtement. On dirait que de nous deux, c’est bien moi la plus effrayante, ajouta-t-elle en se permettant une ombre de sourire. »

    L’être qui lui faisait face se détendit visiblement et répondit timidement à son sourire.

    « Bon, me voilà prête à croire à tout et n’importe quoi, maintenant, ronchonna Sara, fidèle à elle-même. Admettons que je sois en train de communiquer avec un alien extra-circulaire… Qui êtes-vous au juste ? »

    L’être se redressa légèrement et prit une longue inspiration.

    « Je n’aurais pas le temps de tout vous dire. Je ne pourrais d’ailleurs vous fournir d’informations qu’au compte-goutte… Il y a tellement à dire ! Par ailleurs, je ne peux pas me permettre de perturber systématiquement votre sommeil. Pendant que je vous parle, vous ne vous reposez pas ou très peu. Pour commencer, mon nom est Forever. »

    Soudain, le visage de Forever devint désolé, voir déçu.

    « Oh ! Vous vous réveillez déjà ! »

    ***


    Sara eut un sursaut comme si elle sortait d’une légère somnolence. Elle ouvrit les yeux en se maudissant de s’être endormie dans le cockpit du biplace qui les ramenait, Gilad et elle, sur Adonis. Enfin, « ramener » n’allait qu’au chef de l’escadrille Phantom. Sara n’était jamais entrée dans la Vivenef pirate. Ni dans aucune autre Vivenef, d’ailleurs. Mais Sara avait du mal à éprouver de l’émerveillement dans l’état actuel des choses. Alors que le chasseur pénétrait dans un hangar, elle avait plutôt l’impression d’entrer dans un nouveau territoire hostile. Intérieurement, elle se traita d’imbécile. Évidemment qu’elle avait cette impression ! Adonis était un vaisseau pirate ! On ne faisait pas mieux question « territoire hostile » pour un agent de l’A.R.I. ! D’un autre côté, les pirates d’Adonis étaient plus ou moins venus la sauver. Et pour le moment, ils avaient un ennemi commun. Par ailleurs, le Commandant Gilad Antilles ne se montrait pas du tout menaçant avec elle. Sara pensait que c’était sans doute en grande partie dû au fait qu’il avait commencé dans l’armée.

    Sara réfléchissait et faisait de nombreuses hypothèses sans pour autant se sentir rassurée quant à son avenir. Jusqu’à présent, c’était plutôt simple. Elle devait juste travailler avec ses nouveaux alliés et foncer jusqu’au vaisseau. Mais maintenant qu’elle était là, elle se demandait ce qu’il allait lui arriver, ce que le Commandant de la Vivenef allait vouloir faire d’elle, le temps de la bataille et après, s’il y avait un « après ».
    Gilad venait de sauter du cockpit et Sara le vit parler sévèrement à ses pilotes. Deux d’entre eux partirent vers un sas. L’agent de l’A.R.I. défit enfin son harnais. Elle ressentit une vive douleur à l’épaule lorsqu’elle s’aida de ses bras pour se hisser hors du cockpit. Comme Gilad, elle se laissa glisser jusqu’au sol. C’était un exercice dont elle avait l’habitude et qu’elle réussissait toujours à la perfection, se réceptionnant comme la meilleure des gymnastes. Mais cette fois-ci, le choc de ses pieds sur le sol se répercuta dans ses os et une douleur plus vive lui brûla l’épaule. Elle perdit légèrement l’équilibre et dut faire un pas, juste un pas, de côté pour se rétablir. Cette humiliation qu’elle seule pouvait voir, car personne ici ne la connaissait assez pour savoir que c’en était une, lui fit monter légèrement le rouge aux joues.

    Sara décida d’appliquer la méthode « Moreau » et transforma sa honte et sa gêne en irritation.


    « Saleté de carlingue… Marmonna-t-elle en toute mauvaise foi. »

    Une des pilotes, celle qui tenait Wityender en joue – Lara Night, Sara avait retenu son nom car elle l’appréciait déjà — , s’approcha d’Antilles pour lui demander ce qu’elle devait faire de son captif. Sara écouta le chef d’escadrille lui ordonner de l’envoyer à la cale. Elle se demanda si elle ne devait pas intervenir, conseiller quelque chose à ce sujet, voir si Wityender ne pouvait pas leur être utile d’une quelconque façon. Mais elle n’avait plus la force de créer la moindre dispute et elle laissa faire.

    Sur un ordre d’Antilles, les autres pilotes se dispersèrent. Sara le vit communiquer leur arrivée sur une console puis il cligna des yeux d’un air fatigué. Cela lui fit un choc. Pas du tout dans le sens où elle trouvait scandaleux de montrer ces signes évidents d’épuisement. Elle n’était sûrement pas en position de le juger sur ce point : depuis des heures, elle passait elle-même son temps à cligner des yeux, bâiller et étirer aussi discrètement que possible ses bras. Non, ce qui lui fit un choc, c’était qu’elle venait de se rendre compte que Gilad Antilles, jusqu’à maintenant, faisait semblant de tenir parfaitement le coup. Bien sûr, elle avait vu au premier coup d’œil que ce type avait un balai dans le cul. Mais… C’était un putain de balai ! Un putain de balai si efficace que même Sara n’avait rien vu. La jeune femme aurait dû se sentir furieuse d’avoir été aussi aveugle. Mais non. Quand elle le vit cligner des yeux puis se reprendre pour se tourner vers elle, quelque chose se déclencha en elle. Comme si une résistance venait de lâcher, laissant le système s’emballer. C’était la troisième fois que cela lui arrivait dans sa vie.

    Gilad avait repris toute sa contenance, mais c’était trop tard… L’image de l’homme clignant péniblement des yeux était enregistrée et rangée dans un coin spécial de la mémoire de Sara. Le cerveau vicieux de l’agent de l’A.R.I. allait la lui resservir en boucle tous les soirs avant qu’elle ne s’endorme en lui glissant quelques remarques insidieuses : « Tu as vu, c’est un homme sensible. » et « Regarde, le pauvre, comme il est triste et fatigué, il mérite qu’on le console, non ? » et « Il est pas mal, n’est-ce pas ? » et « Tu es sensible à ce genre de fragilité, hein ? » et « Avoue qu’il te plait beaucoup ! »…

    Connerie de cerveau.
    Mais Sara devait régler ses comptes avec elle-même plus tard car Gilad lui parlait et si Sara ne voulait pas passer pour une autiste, elle devait écouter et répondre.


    « J’imagine qu’il est inutile de vous demander d’aller faire un tour à l’infirmerie ou de vous demander d’aller vous reposer quelque part. »

    Sara fronça les sourcils, ouvrit la bouche pour faire une remarque acerbe, mais elle la referma aussitôt, se mordant la langue au passage. Elle allait répondre vertement que c’était drôlement gentil de sa part de laisser de côté sa santé pour faire des suppositions mal placées sur sa fierté. Mais cela aurait été d’une telle mauvaise foi que Sara préféra s’abstenir de dire quelque chose qu’elle regretterait ensuite. Parce qu’au fond, il avait raison : s’il lui avait demandé d’aller à l’infirmerie, Sara l’aurait sans doute envoyé balader. Même si elle très envie de dormir.

    « Possible, grogna-t-elle, un peu gênée d’avouer son obstination. »

    Mais ce qu’Antilles lui dit par la suite la perturba encore plus.

    « Bienvenue sur Adonis, agent Ascroft. »

    Merde, il était vraiment obligé de dire ça ? Voilà que Sara était obligée de le remercier. Au moins par respect pour ses parents.

    « Merci, dit-elle après une léger temps d’hésitation. Mais je suis pas sûre d’être vraiment la bienvenue ic… Bordel, qu’est-ce qui s’est passé ici ? »

    Tout en parlant, Sara avait promené ses regards dans le hangar. Et ses yeux étaient tombés sur un cadavre, puis un autre, encore un et… Il y avait de nombreux survivants, mais de toute évidence, l’endroit venait d’être touché par un tir ennemi. La jeune femme n’eut pas besoin de réfléchir un instant pour se joindre aux membres de l’équipage qui secouraient leurs camarades si bien que personne ne sembla la considérer comme une étrangère lorsqu’elle se pencha sur le premier blessé qui se trouvait à sa portée…
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    Message par Gilad Antilles le Dim 21 Déc 2008 - 15:38

    Gilad était fatigué. A vrai dire, il était tellement perclus de fatigue qu’il naviguait quelque part au-delà. C’était ce qui lui permettait de tenir debout et de garder l’esprit le plus clair possible. Lorsqu’on avait un poste comme commandant d’escadrille, que ce soit sur une vivenef pirate ou au sein du Cercle, on apprenait rapidement à dépasser le seuil que la fatigue vous imposait. Au fond, c’était propre à chaque soldat, du troufion qui pataugeait dans la boue des tranchées à l’officier d’expérience qui arpentait les passerelles de vaisseaux stellaires. Et c’était plus vrai encore lorsque l’on avait la responsabilité de plusieurs hommes. Gilad, en homme consciencieux et éminemment responsable, avait très vite appris à affronter cette fatigue qui vous tombait dessus après des heures et des heures de tension sans le moindre repos. Il avait appris à ne jamais ciller, à ne pas laisser paraître la moindre faille quand il était en service et que des vies dépendaient directement de ses ordres. C’était quelque chose qu’il ne pouvait pas se permettre. Il était le chef d’escadrille.

    Mais là, de retour au sein d’Adonis, il ne se rappelait la dernière fois où il s’était senti aussi crevé. Oh, son très court instant de relâchement –celui que Sara avait saisi- mis à part, il ne le montrait pas. Les réflexes et l’habitude avaient comme toujours pris le dessus. Un visage neutre, un maintien solide, presque raide, et un calme imperturbable. Parce qu’il fallait que les autres, ses pilotes comme l’équipage d’Adonis, le voit ainsi. Parce que c’était son job. Et même s’il n’avait qu’une seule envie : foncer droit à sa cabine et se laisser tomber tout habillé sur les draps, il n’esquissait plus le moindre geste qui pouvait laisser à croire qu’il n’était pas au top de sa forme.

    Peut-être qu’il vieillissait, pour se sentir aussi las après une mission. Ou peut-être que perdre un nouveau pilote lui devenait plus difficile. Peut-être que, simplement, il poussait trop loin ses limites. Peut-être… Il n’en savait rien, au fond. Et Gilad Antilles détestait ne pas savoir. Particulièrement quand il s’agissait de lui-même. Dans un coin de sa tête, il se promit d’en parler à Noémie Herbogast, lorsque tout cela sera terminé. La bosco d’Adonis était rapidement devenue une amie pour le pilote, et elle avait généralement le don d’apaiser les doutes et les esprits troublés.

    Mais avant de pouvoir songer à ne serait-ce que se relâcher quelques secondes, Gilad avait encore beaucoup à faire. Inventorier l’état des chasseurs restants, savoir comment allaient ses pilotes, comment se débrouillait Wilson… Rédiger un rapport de la sortie sur Mars, aussi. Ce n’était peut-être pas spécialement capital dans un équipage de pirate, mais Gilad y tenait. Cela lui calmait toujours l’esprit. Se concentrer sur des mots, sur la rédaction… Et il y avait aussi le communiqué sur la mort de Nathan. Encore un devoir que Gilad avait emmené avec lui de sa carrière militaire. Il ne savait même plus si le jeune homme avait une famille, ou des proches derrière lui. Trop crevé pour s’en souvenir.

    Et il y avait Sara Ascroft. Quelque part, ça aidait Gilad, se concentrer sur Sara Ascroft. Il l’avait ramenée de Mars sur Adonis, et il s’en sentait bien entendu responsable (même s’il se garderait bien de lui dire un truc pareil). Il percevait bien, malgré la fatigue, qu’elle n’était pas extrêmement à l’aise à l’idée de se retrouver coincée sur un navire pirate. Ca, il pouvait très bien le comprendre. Cela n’avait pas été facile pour lui, au début. Et puis il y avait la mort des camarades d’Ascroft, et toute l’impuissance qu’elle avait dû ressentir. Et pourtant, elle restait forte. En tout cas, elle ne montrait nullement la moindre faiblesse. C’était à peine si elle montrait un soupçon de fatigue. Gilad ne pouvait que respecter une telle maîtrise de soi. En situation de crise, il fallait rester fort. Si ce n’était pour soi, au moins pour ceux qui étaient avec nous.

    Ce fut Sara qui ramena l’esprit de Gilad à des problèmes plus immédiats. En tant que pilote, il avait tout d’abord perçu tout ce qui n’allait pas dans sa branche en arrivant dans le hangar : chasseurs manquants, Wilson introuvable, dégâts matériels… Maintenant qu’il prenait le temps d’englober la situation, il vit que les dommages infligés à Adonis étaient plus conséquents qu’il ne l’avait tout d’abord pensé. Et c’était également le cas en vies humaines. Il vit les cadavres que les techniciens rassemblaient dans un coin et qu’ils recouvraient temporairement de bâches. Il vit les blessés, et les hommes qui faisaient de leur mieux pour s’en occuper. L’équipe de Beleril avait beaucoup à faire, et le médecin chef lui-même n’était pas visible. Sans doute occupé à soigner quelqu’un d’autre ailleurs sur Adonis. Gilad espérait vivement qu’il y avait eu le moins possible de victime. Il enclencha son communicateur, cherchant la fréquence de Noémie, où il laissa un bref message, n’ayant guère le temps de parler.

    « Noé, c’est Gilad. Je suis revenu de Mars, avec l’agent de l’A.R.I. La mission au sol s’est bien déroulée, mais Nathan est mort. Laisse-moi un message pour me dire que tu vas bien, s’il te plaît. »

    C’était un peu sec, mais Gilad savait que Noémie connaissait bien sa manière d’être. Surtout en situation de crise. Il rangea le communicateur dans sa poche, et vint se pencher au-dessus de Sara, qui s’était précipitée auprès d’un blessé qui gisait sur le sol du hangar, non loin d’eux. Personne n’avait posé de questions à l’agent. Ca n’était pas important, pas dans un moment pareil. On aidait ceux qui en avaient besoin. C’était comme ça que ça marchait. Partout.

    « Comment ça va, Troy ? »

    Gilad avait reconnu le technicien blessé, Troy Evans. Le jeune homme avait souvent travaillé sur le Valefor, le chasseur d’Antilles. Le bras d’Evans était tordu selon un angle bizarre, et son visage avait perdu de ses couleurs habituelles, mais il ne semblait pas en danger. Les autres l’avaient mis à l’écart avec d’autres blessés qui pouvaient attendre un peu plus que leurs camarades en état critique. Là aussi, c’était comme ça que ça marchait. Troy Evans grimaça, et se força à sourire malgré la douleur :

    « Chef Antilles, content de vous revoir. Des caisses me sont tombées dessus, un des toubibs m’a injecté des machins, j’m’en sors pas trop mal. Hank y est resté, vous savez… »

    Evans voulut se redresser sur les coudes, mais retomba sur le dos, incapable de plus d’efforts.

    « Je suis désolé, mon garçon. Hank était un homme bien. »

    Gilad se défit de sa veste de vol et la roula en boule pour la glisser sous la tête de Troy. Ce n’était pas grand-chose, un détail insignifiant, mais tout ce qu’il pouvait faire, il le ferait. Les pirates d’Adonis étaient devenus ses camarades. C’était tout ce qui importait.

    « Vous avez…ramené un ange ? »

    Troy, la voix rendue pâteuse par les médicaments, parlait bien sûr de Sara. Gilad ne put s’empêcher de sourire derrière sa barbe, et serra amicalement le bras valide du technicien blessé :

    « Elle a dû laisser ses plumes et son auréole sur Mars. On voulait voyager léger. Tenez le coup, Troy. »

    Evans acquiesça et ses yeux se fermèrent sous l’effet des analgésiques. Autour d’eux, les derniers blessés capables d’être transportés l’avaient été, et deux hommes vinrent mettre Troy sur un brancard à son tour. Les infirmiers s’occupaient des quelques cas trop critiques pour être bougés sur place du mieux qu’ils le pouvaient. Malgré la situation, le hangar était étrangement calme, dépourvu de tous les bruits mécaniques qui s’y entendaient habituellement. Après un dernier tour d’horizon pour voir ce qu’il en était, et conscient que de toute façon, il ne pourrait pas faire grand-chose pour aider les médecins, Gilad se tourna vers Sara. Il lui sourit, sans trop savoir pourquoi ; avec l’agent de l’A.R.I, il avait la curieuse impression de pouvoir laisser transparaître plus de lui-même qu’il n’en avait l’habitude.

    « Ne vous inquiétez pas : les pirates du coin ne mordent pas. Et je suis sûr que vous ne vous laisseriez pas faire, s’ils essayaient. »

    Gilad désigna la porte principale du hangar de la main, et se passa machinalement une main dans les cheveux ; il était encore trempé de sueur, après les évènements de Mars et le voyage dans le biplace, enfermé dans sa combinaison de vol.

    « Je peux vous montrer des quartiers pour que vous puissiez simplement vous rafraîchir. Peut-être manger quelque chose, boire un peu d’eau. Histoire de tenir debout. J’ai la nette impression que la sieste ne sera pas pour tout de suite. »

    Antilles attendit de voir ce qu’allait répondre Sara. Il n’avait toujours pas reçu de nouvelles de Wilson ou de la passerelle d’Adonis et, pour l’instant, rêvait toujours d’une bonne douche et de deux ou trois jours de sommeil…
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    Message par Sara M.J. Ascroft le Sam 10 Jan 2009 - 20:25

    Derrière elle, Sara avait entendu Gilad enclencher un communicateur et adresser un message fort particulier à un certain « Noé ». Une certaine Noé. Un instinct que Sara n’utilisait pas souvent lui affirma qu’il s’agissait d’une femme, malgré la dénomination a priori masculine. Sara n’aurait su dire précisément comment elle savait que « Noé » était une femme, mais elle le savait. C’était peut-être quelque chose dans le ton de la voix d’Antilles… Ou alors le contenu… « Noé » était une femme, une confidente… Quelqu’un de proche, ça, Sara aurait pu le parier. Et ça lui faisait bizarre. Pourquoi ? Antilles devait forcément avoir des proches, ce n’était pas parce qu’ils avaient passé les dernières heures ensembles qu’il ne connaissait qu’elle et son escadrille, tout de même ! Et pourtant, c’était bizarre de se dire que derrière Antilles, il y avait sans doute une femme, qui sait, peut-être des enfants ? Sara n’y avait pas du tout pensé jusqu’à maintenant et à présent l’évidence la frappait. Un sentiment de solitude et d’isolement lui noua les tripes.

    Puis elle se donna un coup de fouet mental. Le blessé, Sara, pense au blessé, se dit-elle. Au même moment, Gilad Antilles s’approcha et se pencha à son tour au-dessus du jeune homme. Il le nomma. Apparemment il le connaissait. Il s’appelait Troy. Sara observa le chef d’escadrille et le mécanicien échanger quelques mots. Elle se sentait exclue jusqu’à ce que le jeune blessé parle d’elle :


    « Vous avez…ramené un ange ? »

    Sara fit une grimace ironique en entendant ça. Elle n’avait jamais considéré qu’elle pouvait ressembler de près ou de loin à un ange.

    « Elle a dû laisser ses plumes et son auréole sur Mars. On voulait voyager léger. Tenez le coup, Troy. »

    « Ouais, tâchez de ne pas aller voir les vrais, on sait jamais, ils pourraient ne pas vous convenir… »

    Oui, à chacun sa façon de réconforter. Sara ne donnait pas dans le mélodramatique, mais sa méthode avait tout de même fait ses preuves.

    Le jeune homme médicamenté ferma les yeux et s’endormit comme une masse. Autour d’eux les médecins et infirmiers s’affairaient, il n’y avait plus rien à faire. Tout ce que parviendrait à faire Gilad et Sara en intervenant, c’était gêner les équipes médicales.
    Gilad adressa un sourire à Sara. Quoi, encore ?


    « Ne vous inquiétez pas : les pirates du coin ne mordent pas. Et je suis sûr que vous ne vous laisseriez pas faire, s’ils essayaient. »

    « Bon, quand vous aurez fini de dire des banalités… Grogna Sara avec toute l’amabilité dont elle était capable dans son état actuel. »

    Antilles montra la porte principale du hangar et Sara regarda stupidement sa main au lieu de ce qu’elle indiquait. Elle était vraiment fatiguée.

    « Je peux vous montrer des quartiers pour que vous puissiez simplement vous rafraîchir. Peut-être manger quelque chose, boire un peu d’eau. Histoire de tenir debout. J’ai la nette impression que la sieste ne sera pas pour tout de suite. »

    Bon, cette fois, il disait quelque chose d’utile, Sara elle-même l’admettait.

    « C’est peut-être pas une mauvaise idée… Je vous suis. »

    Et en effet, Sara suivit Gilad et passa par la porte du hangar pour parcourir les coursives d’Adonis. Un détail attira son attention, assez dispersée à cause de la fatigue. Adonis était sans doute le plus vieux bâtiment à circuler encore dans l’espace du Cercle. Mais il était parfaitement bien entretenu et il parut tout de suite étrange à l’agent de l’ARI qu’un bout de la paroi métallique de la coursive soit ainsi décollée. Mais ce qui attira vraiment son regard fut un léger mouvement dans l’ombre entre le revêtement décollé et la paroi à proprement parler… Elle s’approcha un peu de la fente. Elle ne voulait que jeter un coup d’œil, c’est tout…

    Sara poussa un cri relativement aigu par rapport à sa voix habituelle. C’était un cri de détresse et surtout, de profonde horreur et de dégoût. Rien n’avait préparé Sara à ceci : une attaque des êtres les plus ignobles de la création, les papillons de nuit ! Ils étaient si sombres, si velus, si bruyants ! Si… Écoeurants ! Sara battit désespérément des bras tout en évitant de toucher ces incarnations du démon. Puis face à cette offensive de masse, elle choisit courageusement de battre en retraite pour foncer sur le dos de Gilad. Elle planta son visage entre les omoplates du chef d’escdrille et cramponna ses bras autour de sa taille. Et attention, quand Sara se cramponnait, ça ne rigolait pas…
    La pauvre Sara ne s’était pas encore rendu compte qu’elle venait de ruiner sa réputation en deux temps trois mouvements… C’était d’ailleurs la preuve évidente du machiavélisme des papillons de nuit !
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Gilad Antilles le Sam 10 Jan 2009 - 21:47

    Gilad ne connaissait Sara Ascroft que depuis peu de temps, ce qui était assez pour qu’il ait l’impression de toujours finir par dire un mot de trop lorsqu’il ouvrait la bouche en sa présence. Comme si la femme mettait un point d’honneur à faire preuve d’une réaction presque épidémiologique dès que quiconque prononçait quelques mots qui n’étaient pas absolument nécessaires. Ce n’était pas grand-chose, et cela se remarquait à peine : une courte tension, quelque chose dans le maintien, dans le regard. Ca se sentait plus que cela ne se remarquait, à vrai dire. Parce que peu de chose semblait capable d’échapper à la maîtrise de soi que s’infligeait l’agent Ascroft. Une maîtrise de soi mâtinée d’un caractère apte à défoncer les murs de briques et à manger les restes pour en faire du mortier.

    Pourtant, Gilad n’était pas non plus quelqu’un de particulièrement expansif lorsqu’il s’agissait de prendre la parole. Des civilités, oui, mais rarement des banalités. La politesse et le respect d’autrui –pour peu qu’il juge l’autrui en question capable- étaient par contre plus qu’une simple habitude que Gilad avait hérité de son éducation : elles étaient ancrées en lui. Aussi solidement que l’était un furil cramponné au sommet d’une falaise au-dessus d’une mort certaine. C’était purement instinctif. Et Gilad avait depuis bien longtemps compris qu’on ne faisait pas un bon pilote si on agissait contre son instinct. Il suffisait de savoir le contrôler et l’amener dans la bonne direction. Comme pour la plupart des choses, il suffisait d’avoir un bon sens de l’organisation (mais pas pour toutes les choses ; en tant que père, Gilad savait que l’organisation ne préservait certainement pas de tous les caprices de la nature, surtout quand ils avaient sept ans et qu’ils vous faussaient compagnie au milieu d’un astroport bondé).

    C’est pourquoi, même dans ce que l’on pouvait légitimement appeler un temps de crise, le capitaine Antilles n’avait même pas songé à modifier sa manière de converser avec une quasi-inconnue. Peut-être parce que qu’elle chose en lui lui soufflait depuis qu’il avait vu Sara sur Mars qu’elle n’avait étonamment rien d’une i nconnue. Ce qui était parfaitement idiot, vu qu’il ne savait pratiquement rien d’elle. Et qu’il ne l’avait vue qu’une fois auparavant, il y a des années de cela, à bord du Garuda. Qu’il s’en souvienne parfaitement ne voulait d’ailleurs rien dire non plus. Ce n’était pas parce que chaque détail était gravé dans sa mémoire que cela devait signifier quelque chose de spécial. Il en avait une bonne, de mémoire. Voila tout. D’ailleurs, Gilad ne voyait même pas pourquoi il prenait la peine de penser à tout ça. Faire attention aux détails, c’était son boulot, rien de plus ! Même quand des détails étaient plus précis que d’autres, avaient un sacré caractère et des yeux qui…

    Gilad se secoua intérieurement, et se dit une nouvelle fois qu’il avait vraiment besoin de dormir. Il était fatigué, il était inquiet –aucune nouvelle de Noémie ou de Wilson- et il avait la déagréable impression que sa place était ailleurs que dans les coursives. Qu’il devrait en ce moment même être dans un chasseur, là-dehors, pour couvrir Adonis, en compagnie de ses hommes. Mais l’escadrille Phantom était diminuée : un mort, une blessée. Et les plans de la passerelle mettaient de côté les chasseurs pour l’instant, ce qui permettait aux pilotes de se reposer. S’ils arrivaient à le faire. Parce que Gilad n’était pas certain d’y arriver, lui. Les années d’expérience n’effaceraient pas plus vite le visage de Nathan que celui de tous les camarades qu’il avait un jour perdu. Tout ce qu’il pouvait faire pour le moment, c’était resté attentif à toutes nouvelles provenant du commandant ou d’Adonis en général, de se reposer du mieux qu’il pouvait, de se passer le visage sous l’eau et de se forcer à manger quelque chose. Et puis il y avait Sara.

    Sara, qui emblait enfin encline à ne pas secrètement désapprouver ce que Gilad avait à lui proposer. Même une femme de sa trempe devait avoir besoin de se rafraîchir après de tels évènements. Et Gilad se sentit secrètement désolé à l’idée de ne pas pouvoir lui offrir plus, considérant tout ce qu’elle avait perdu aujourd’hui. Le commandant d’escadrille eut soudain l’envie de donner un violent coup de poing dans une cloison, espérant ainsi soulager la douleur qui tiraillait son esprit après Nathan, tous ces morts dans l’équipage et la perte que l’agent de l’ARI avait subi sur Mars, mais il se contrôla à temps, n’esquissant même pas un seul geste de colère, suivant la mécanique bien huilée dont il était coutumier. Mais sous la carapace d’officier, les sangs bouillonnaient bien plus qu’on n’aurait pu le croire.

    Et puis il se retrouva avec une Sara sur le dos. L’espace d’un instant, elle était sur ses talons tandis qu’il la guidait vers les quartiers de détente, et voilà qu’elle était maintenant collée à ses omoplates, les bras serrés autour de lui. « Serrés » était en fait un doux euphémisme pour qualifier la manière dont Sara etreignait la taille de Gilad. Antilles était un homme solide et ma fois bien entretenu, mais il réalisa soudain qu’il n’était que peu de chose face à la détresse d’un petit bout de femme comme Sara. Le souffle un instant coupé, il reprit sa respiration en se tordant la nuque pour regarde derrière eux, afin de voir ce qui avait bien bu effrayer ainsi l’agent de l’ARI . Tout ce qu’il vit, ce fut un innocent papillon de nuit, l’air très étonné pour un papillon, qui voletait entre les cloisons avant de venir se percher sur le crâne de Sara. Et lorsqu’il sentit les muscles de la femme se tétaniser un peu plus, comme si elle essayait de broyer un cube de béton à elle toute seule, et que le souffle de Gilad s’étrangla une nouvelle fois, il crut comprendre ce qui avait fait si peur à Ascroft. Et s’il en fut étonné, il ne le montra pas une seule seconde. Déjà, parce qu’il était trop occupé à respirer, et aussi parce qu’il n’était pas homme à juger qui que ce soit. Tout le monde avait au moins une peure iraisonnées. Le fait que celle de Sara soit liée aux papillons de nuit était peut-être un peu surprenant, mais cela s’arrêtait là.

    Et, comme tout gentleman face à (ou, dans le cas précis, dos à ) une demoiselle en détresse, Gilad Antilles sut qu’il était de son devoir de faire quelque chose ! La nuque toujours tordue pour localiser la bestiole, il se mit à bouger en essayant de l’attraper, finissant par tourner sur lui-même. Sara, toujours accrochée, accompagna malgré elle le mouvement, ce qui lança les deux humains dans ce qui avait l’air d’être une étrange danse, sorte de slow nerveux face à dos qui laissa plus d’un membre d’équipage les dépassant pantois. Enfin, Gilad finit par changer de tactique et, avec beaucoup de tact mais également beaucoup de fermeté, il s’empara des bras de Sara pour les dégager de sa taille et l’amener face à lui. Dans le mouvement, Sara se retrouva plaquée contre le mur, Gilad tout contre elle, une main sur l’un des bras de Sara, l’autre prêt à agir tandis qu’il scrutait la chevelure d’Ascroft. Puis sa main se détendit comme un ressort et, avec une précision qui aurait fait honneur à son tableau de chasse, Gilad s’empara de l’insecte, qui se retrouva prisonnier entre ses doigts.

    « Je te tiens ! »

    Le visage de Gilad se fendit d’un de ses rares sourires qui rappelait celui d’un enfant content de lui, et il regarda triomphalement l’animal s’agiter entre ses doigts, éloignant la main le tenant le plus loin possible de Sara. Puis, tandis que l’insecte lui chatouillait la paume, il réalisa soudain la position dans laquelle il se trouvait quand il tourna la tête et plongea ses yeux dans ceux de l’agent de l’ARI. Ebahi, ce qui ne lui arrivait pas souvent non plus, il resta planté là de longues secondes avant de se reculer de deux pour arrêter de coincer Ascroft contre le mur. Mais il se trouvait encore rudement près, lui soufflait une petite voix nerveuse au fond de son crâne… Gilad s’éclaircit la gorge et finit par parler, se dominant pour garder une contenance :

    « Ca ira, Sara ? »

    Sans même s’en rendre compte, il avait appelé l’agent de l’ARI par son prénom au lieu de son « mademoiselle Ascroft » ou encore « agent Ascroft » habituel. Comme quoi, le proverbe qui disait que le battement d’ailes d’un papillon pouvait provoquer bien des choses, il n’avait pas totalement tort…
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    Message par Sara M.J. Ascroft le Sam 17 Jan 2009 - 1:48

    Ah ça ! Pour une peur irraisonnée, c’était une peur irraisonnée… D’aussi loin que remontaient ses souvenirs, Sara avait toujours éprouvé une horreur irrationnelle pour les papillons de nuit. Habituellement, ses réactions n’étaient pas si vives. C’étaient souvent de longs et impitoyables duels nocturnes entre la femme et la bête. La tension était toujours là, indéniablement… Mais jamais Sara n’avait poussé de « cri de fille » comme elle l’aurait elle-même dit… Et elle ne s’était encore jamais jetée de cette façon sur le premier représentant du genre masculin venu. Mais pour sa défense, nous signalerons qu’il s’agissait de la première fois qu’elle tombait nez à nez avec une colonie de ces ignobles insectes. Et évidemment, la fatigue ajoutait son poids dans la balance.
    Sara ne se rendit pas compte de ce qu’elle venait de faire ni de la situation dans laquelle elle se trouvait avant un bout de temps. Tétanisée, elle gardait les yeux fermés et les bras serrés autour de la taille de Gilad, comme s’il s’agissait du solide mât d’un navire perdu au milieu de la tempête. Elle fut donc forcée de suivre ses mouvements mal assurés pour tenter de se retourner. Mais le valeureux chef d’escadrille compris bien vite qu’il n’arriverait pas à grand-chose de cette façon et finit par se dégager de l’étreinte de Sara pour la plaquer au mur et attraper le monstre tout droit sorti des enfers qui rôdait autour de la jeune femme.


    « Je te tiens ! »

    Ce fut la phrase magique… Comme si « Sara » avait été chassée de son corps et qu’elle venait de le réintégrer brutalement. Elle ouvrit les yeux et se rendit enfin compte de la situation. Et quelle situation ! Gilad Antilles, l’honorable commandant de l’escadrille Phantom, pirate romantique, poursuivant de nobles idéaux… Tenait Sara Ascroft fermement collée au mur dans une position pour le moins ambiguë. Et, par-dessus le marché, il s’était écrié : « Je te tiens ! » Ah ça ! Pour la tenir, il la tenait ! C’était quoi son problème à ce grand escogriffe ? Hop, un petit coup de pompe et le balai dans le cul ne tiens plus ? On ne contrôle plus ses hormones ? Eh bien c’était du propre ! Même Sara savait se tenir et elle n’avait même pas besoin de balai dans le cul pour ça !

    L’agent de l’ARI sentit la moutarde lui monter au nez. Mais elle avait déjà connu une situation très similaire et elle ne s’était rendu compte du malentendu qu’après avoir frappé et laissé une vilaine cicatrice à un pauvre type qui n’en méritait pas temps. Et Sara s’était promis que cela ne se reproduirait plus. Il s’agissait donc de chercher où était le malentendu. Car il y en avait forcément un. Sara ne pouvait pas prétendre connaître Gilad Antilles, mais ce n’était pas nécessaire pour vite comprendre qu’il n’était pas du genre à sauter sur une femme de cette façon sans raison valable.

    Alors, Sara remarqua le sourire de gamin que faisait Gilad. Un sourire qui le rajeunissait drôlement et qui rappela à Sara qu’elle n’avait vu qu’une ou deux facettes du personnage. En tout cas ça en faisait une de plus et plutôt intéressante, en prime. Sara dut s’abstenir de lui pincer la joue en lui disant « Gros malin. » Car il avait en effet l’air tout content d’avoir attrapé quelque chose. Et ce quelque chose, ce n’était pas Sara, mais un gros papillon de nuit (beuark) qui frétillait dans la main qui ne la plaquait pas solidement à la paroi de la coursive. Sara ne put réprimer un frisson d’horreur. Frisson qui se répandit dans tout son corps lorsqu’elle se rappela comment elle avait réagi en tombant nez à nez avec la colonie de papillons d’Adonis. Mais quelle conne ! Pensa-t-elle.

    Gilad détourna son regard de l’insecte captif pour le planter dans celui de Sara. Celle-ci comprit rapidement que lui non plus ne s’était pas du tout rendu compte de ce qu’il venait de faire. Il resta d’ailleurs sans bouger, béat, pendant de longues secondes. Sara aurait bien voulu se moquer de lui, le charrier… Mais c’était impossible, elle s’était ridiculisé la première. Elle décida donc de s’abstenir de tout commentaire. Mais c’était sans compter sur le changement d’expression désopilant du chef d’escadrille. Il recula finalement de deux pas, s’éclaircit la gorge avant de déclarer avec un sérieux qui n’allait décidément pas avec la situation :


    « Ça ira, Sara ? »

    Sara faillit laisser échapper un grand éclat de rire, mais plaqua juste à temps sa main devant sa bouche, produisant ainsi un fort inélégant bruit de trompette.
    Mais comme elle n’était pas du tout en position de rire du pauvre Gilad, Sara estima plus charitable de tenter de camoufler son rire en faisant semblant de tousser. Malheureusement, son large sourire et ses yeux rieurs la trahissaient…


    « Ouais, ouais, ça ira, dit-elle, finalement. Mais je ne repasserai jamais par ici, hors de question de revoir ces monstres velus… Beurk ! Mais comment font-ils pour survivre dans un vaisseau ? Ces créatures sont vraiment diaboliques… »

    Et Sara n’était pas loin de le penser… Voyons, soyons réalistes ! Il devait bien y avoir un peu de sorcellerie, derrière tout ça…

    Sara n’avait pas trop fait attention au changement de dénomination qu’employait Gilad en ce qui la concernait. Pour elle, c’était tellement normal qu’on l’appelle Sara… Mais elle l’avait quand même noté dans un coin de son esprit car elle se doutait qu’en ce qui concernait Gilad, cela faisait une différence importante.


    « Bon… Où est-ce qu’on s’asperge la gueule sur ce putain de rafiot ? »

    Hop ! Un peu de gouaille, et ça repart !
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    Message par Gilad Antilles le Dim 18 Jan 2009 - 10:52

    C’était une situation relativement embarrassante. Du moins du point de vue d’un homme comme Gilad Antilles. Qui n’avait effectivement pas l’habitude de se jeter ainsi sur une femme, aussi fascinante soit-elle. A vrai dire, le chef d’escadrille était doté d’un tel respect de la bienséance que c’était généralement lui qui finissait par se faire plaquer contre un mur par les femmes qui avaient partagé sa vie. Du coup, il n’avait pas l’habitude de se retrouver dans pareille situation. Il avait beau avoir agi pour sauvé une demoiselle d’un redoutable péril volant et poilu, il n’était pas très fier de ne pas l’avoir fait avec plus de contrôle. Quel officier digne de ce nom se retrouvait à sourire bêtement, un papillon dans la main, en présence d’une personne qu’il connaissait à peine ? Bon, Gilad savait qu’il n’était plus ce qu’on pouvait appeler un officier de la flotte, mais il n’était pas non plus très sûr d’avoir agi comme un pirate romantique.

    Et il se demanda aussitôt ce que le mot romantique venait faire dans cette histoire. Il ne voyait pas ce qu’il y avait de romantique dans la piraterie, et encore moins dans la situation présente. Surtout dans la situation présente. Du moins essayait-il très fort de s’en convaincre, se répétant mentalement qu’il avait d’autres chats à fouetter, et des rapports à rédiger. Se concentrer sur les rapports. Voilà, il devait se concentrer sur les rapports. Et sur ce qu’il allait avoir à faire étant donné la situation critique dans laquelle se trouvait Adonis et tous ceux qui étaient à bord. La vivenef ne semblait pas avoir subi de nouveaux dommages depuis la dernière attaque dévastatrice de leurs mystérieux opposants, mais elle n’était certainement pas plus en sécurité qu’avant. En l’espace d’un instant à peine, toutes ces pensées défilèrent dans la tête de Gilad, ainsi que tout ce qu’il pouvait envisager ensuite. Parce que s’il croisait –là, tout de suite- à nouveau le regard de Sara, il ne pourrait pas un seul instant conserver tous ses esprits. En tout cas, pas aussi clairs qu’il l’aurait voulu.

    Et puis Sara se mit à rire. Ou, plutôt, elle tenta de camoufler le rire qui montait une elle d’une main rapidement glissée devant la bouche. Seulement, même une main à douze doigts n’aurait été assez grande pour cacher le large sourire que réprimait difficilement l’agent de l’ARI. Gilad se serait plutôt attendu à ce qu’elle lui botte le train en proférant des commentaires bougons et biens sentis, mais il s’aperçut qu’il ne la connaissait que depuis quelques heures, et que Sara Ascroft pouvait lui réserver bien des surprises. Antilles se targuait de pouvoir rapidement cerner la plupart des gens, mais cette femme était décidément à part. Il était incapable de prédire comme elle allait réagir, ce qui le déstabilisait un peu… et lui plaisait d’autant plus. Aussi, lorsqu’il ne put s’empêcher de croiser à nouveau le regard de Sara, il ne se sentit pas mal à l’aise comme il l’aurait cru. Au contraire, il répondit à l’amusement de son interlocutrice, comme en témoignaient ses yeux noirs pétillants et le sourire qui se découvrait à nouveau au-dessus de son bouc. C’était un de ces moments incongrus, dont il valait mieux s’amuser que de s’évertuer à garder un air digne et vaguement coincé.

    Aussi, Gilad Antilles se mit à rire. Ce n’était pas un de ces grands éclats qui se serait répercuté le long des coursives, mais le rire sincère d’un homme qui ne le faisait pas souvent et profitait de l’occasion. Un rire de quelques secondes à peine, mais qui permit au chef d’escadrille d’évacuer une partie non-négligeable de la tension qu’il ressentait. Il adressa un remerciement silencieux à Sara, haussa un sourcil amusé lorsqu’elle parla « de s’asperger la gueule » et, s’écartant, lui désigna comiquement le chemin à suivre d’un geste su bras plein d'emphase:

    « On s’asperge la gueule de ce côté. Après vous. »

    Puis, tandis que Sara le précédait dans le couloir, il stoppa net, comme s’il se rappelait soudain de quelque chose. Il se tourna dans la directio d’où ils venaient, et arrêta un des techniciens de bord qui courait en sens inverse. Cela n’avait rien d’étonnant : tous les techniciens devaient s’affaire aux quatre coins d’Adonis, et notamment dans le hangar où les dégâts semblaient avoir été importants. Mais Antilles avait néanmoins un détail à signaler au membre d’équipage qu’il venait de trouver :

    « Dites moi, Marth, vous pourriez me rendre un service ? »

    « Sûr, chef. »

    « Parfait. J’aimerais vous confier mon petit ami ici présent… Ouvrez la main ! »


    Interdit, le technicien obéit, et Gilad lui passe le papillon de nuit, qui vivait décidemment de grandes aventures. Puis Antilles referma délicatement les doigrs de Marth autour de l’insecte, et se fendit d’un grand sourire :

    « Merci, Marth. Il semblerait qu’il y ait un nid, une colonie de ces bestioles à bord. Celui-là vient de juste là, dans la coursive. Vu la situation, ce n’est certes pas prioritaire, mais je pense qu’il faudra songer à s’en occuper. Quand vous aurez le temps, mon garçon ! »

    Gilad flanqua le garçon éberlué d’une joyeuse petite tape paternaliste sur l’épaule, et ne se donna cette fois-ci guère de peine pour dissimuler son amusement. Puis il rejoignit rapidement Sara, et ils finirent par tourner à droite avant de devoir prendre un des ascenseurs qui menait aux niveaux supérieurs. La montée dura très peu de temps, et il n’y avait pas de musique d’ambiance, mais Gilad remarqua à peine le trajet, étudiant les réactions de Sara d’un œil amusé. Puis ils finirent par se trouver au pont souhaité, et Gilad se fendit d’une révérence comiquement exgagérée pour laisser le passage à Sara une fois les portes de l’ascenseur ouvertes :

    « Par ici, je vous prie. »


    Décidément d’humeur soudain joviale, le commandant d’escadrille emboîta le pas à Ascroft, et n’entendit pas tout de suite le signal qui lui indiquait que son bloc de données avait reçu un message. Il finit par s’en saisir, tout en marchant, et adressa un courtois mais joyeux « Excusez moi ! » à Sara avant d’entendre le message de Noémie Herbogast, qui lui assurait que non, elle n’était pas morte, qu’elle était contente de voir que lui non plus n’était pas mort, qu’elle était désolée pour Nathan et que si Gilad voulait en parler, elle y était toute disposée. Gilad fut soulagé de savoir que Noé était en vie, resentit une nouvelle pointe d’amertume et de tristesse en repensant à Nathan, mais finit par sourire en pensant à la bosco d’Adonis. Oui, il finirait sans doute par aller lui parler. C’était toujours ce qu’on finissait par faire, avec Noémie. Elle avait le don de réconforter n’importe qui, et Gilad se sentait toujours bien après lui avoir parlé. De toute façon, on ne ressortait généralement pas d’une conversation avec Noémie Herbogast sans avoir le sourire.

    Mais pour le moment, Gilad était toujours concerné par l’accueil de Sara, ce dont il n’allait pas se plaindre. Il trouvait l’agent de l’ARI de plus en plus fascinante sous bien des aspects, et se demanda si il devrait également en parler avec Noé. Il faillit rire sous cape en imaginant tout ce que la bosco aurait à dire sur le sujet, et décida que cela pourrait aussi bien attendre. D’autant plus qu’il n’allait pas se faire des idées. Il la connaissait à peine, cette Sara sortie de nulle part, qui jurait comme un charretier et foudroyait les gens du regard avant de se mettre à rire. Gilad se retrouvait face à des sentiments dont il n’avait plus l’habitude. Mais, tandis qu’il faisait entrer Sara dans une petite salle de repos il se demanda si, au fond, il n’aimait pas ça. Et il souriait toujours lorsqu’il lui indiqua une porte dans le fond de la pièce :

    « Vous trouverez toutes les commodités nécessaires derrière cette porte. Il y a de quoi se rafraîchir, et si vous avez envie de prendre une douche, je crois qu’elle fonctionne. Il y a toujours des tuniques standards, dans le placard. J’imagine que vous devez en avoir marre de mariner dans le même uniforme depuis tout ce temps. »

    Gilad s’assit sur une des chaises fixée au sol autour d’une petite table, et pianota sur la console de données qui y trouvait, tout en s’adressant à Sara :

    « Je peux demander quelque chose à manger, si vous avez faim. Histoire de se caler l’estomac. Oh, et tenez ! »

    Gilad avait ouvert un petit compartiment soudé au mur à côté de lui, et en avait sorti une petite bouteille d’eau qu’il lança d’un geste vif à Sara :

    « Je suppose que vous n’avez pas bu d’eau fraîche depuis un certain temps. C’est peut-être un "putain de rafiot", Sara, mais croyez moi, il sait recevoir. »

    Gilad sourit à nouveau, et ouvrit une autre bouteille d’eau qu’il leva à l’adresse d’Ascroft :

    « A la vôtre, Sara. Et pour eux. »

    Il pensait à Nathan, à tous les pirates d’Adonis morts sous le pilonnage intensif des vaisseaux noirs, et à l’équipe de Sara. Il but une longue gorgée d’eau, ce qui eut un effet rafraîchissant sur son corps fatigué et diminua le mal de crâne lancinant qu’il ressentait depuis son retour à bord, et il laissa ses doigts flotter au-dessus du clavier de la console. Il songeait à contacter un mousse aux cuisines, histoire d’obtenir n’importe quoi qui pouvait remettre d’applomb des ventres fatigués, et regardait pensivement Sara Ascroft, attendant de voir quel ordre elle allait donner ses priorités. Gilad et ses pilotes étaient pour l’instant au repos, bien qu’en situation de crise et prêts à reprendre les commandes de leurs chasseurs au moindre ordre venant de la passerelle, mais pour l’instant, tout Adonis semblait bénéficier d’un très bref moment de calme avant la tempête.

    Autant faire son possible pour en bénéficier. Qui sait ce qui n’allait pas tarder à se produire…

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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Sara M.J. Ascroft le Ven 13 Fév 2009 - 14:18

    Heureusement pour Sara, Gilad Antilles, au lieu de lui lancer un regard désapprobateur, partagea son hilarité, ce qui contribuait grandement à détendre l’atmosphère, qui se fit plus vivable. Elle était vivable jusqu’à présent, mais ce n’était qu’une fois relâchée que Sara se rendit compte à quel point elle était tendue et fatiguée. Et ce n’était pas bien brillant. Gilad répliqua à sa phrase toute en vulgarité avec un humour appréciable. Finalement, ce commandant d’escadrille qu’elle avait d’abord trouvé si coincé pouvait être assez drôle à sa façon. Ce n’était pas la première fois qu’elle se rendait compte qu’un type qui avait un balai dans le cul pouvait aussi avoir de l’humour. Mais elle s’en étonnait toujours autant.

    « Bon… Eh bien allons… De ce côté ! Répondit-elle avec entrain tout en s’engageant d’un bon pas dans la coursive. »

    Elle se rendit compte que Gilad avait pris du retard sur elle, mais il la rattrapa rapidement, après s’être débarrasser (de toute évidence) de l’horrible créature qu’il tenait dans sa main. Ils entrèrent dans un ascenseur qui les mena dans les niveaux supérieurs du vaisseau. Sara n’avait pas de sentiment particulier envers les ascenseurs. C’était très pratique un ascenseur. Elle savait que certains n’aimaient pas ça, mais elle ne voyait pas trop pourquoi. Certains disaient que c’était par claustrophobie. Ils avaient peur de rester coincés… Bon, pourquoi pas, mais dans un vaisseau spatial, cela paraissait absurde à Sara. Quand on était assez dingue pour s’enfermer dans une boîte perdu au milieu de l’immensité de l’univers (voire en transit dans une autre dimension), il n’y avait pas de quoi faire un fromage d’un pauvre petit ascenseur. Mais le pire, c’était ceux qui détestaient prendre l’ascenseur avec quelqu’un d’autre par horreur de la promiscuité. C’était ridicule ! Ok, on avait quelqu’un à côté de soi. Et ensuite. La galaxie fourmillait tellement d’êtres humains, Ases et Shitennô qu’il était inévitable d’avoir affaire à eux à un moment ou un autre. Il n’y avait pas de quoi être mal à l’aise. On était très bien là, à deux dans un ascenseur. Il y en avait même que ça faisait fantasmer, les ascenseurs. Bon, ceux-là non plus, Sara ne les comprenait pas trop. Un ascenseur, c’était juste un ascenseur, pas de quoi s’exciter.
    Certes, Sara ne pouvait pas dire qu’elle adorait la promiscuité, ce n’était pas souvent confortable et puis ça tenait chaud. Or, Sara avait toujours trop chaud. Cependant, il existait une solution simple à ce problème : enlever une couche de vêtement. Et au final, c’étaient toujours ceux qui entouraient Sara qui se retrouvaient être les plus gênés.

    Mais actuellement, Sara n’avait pas trop chaud, donc c’était impeccable.
    L’ascenseur cessa son ascension et les portes s’ouvrirent. Gilad fit une révérence et indiqua le chemin à Sara sur le même registre. La jeune femme le gratifia d’un sourire et s’avança dans le couloir qui se présentait à elle. Encore une fois, Gilad prit du retard, pour écouter un message, cette fois. Sara poursuivit sa route, mais d’un pas plus lent, un sourcil levé en direction du chef d’escadrille. Finalement, il revint vers elle et la fit entrer dans une salle de repos. Sara regarda la porte que lui indiqua Gilad en hochant la tête. Oui, elle voulait se doucher, oui elle voulait changer de vêtements. Et puis oui, elle voulait manger. En fait, elle se rendit compte qu’elle était affamée et qu’elle aurait mangé un cheval.


    « Je meurs de faim. Demandez donc quelque chose de copieux, je vais prendre une douche, ce ne sera pas long. »

    Mais avant que Sara ne se dirige vers la salle d’eau, Gilad lui lança une petite bouteille d’eau que Sara rattrapa d’un geste expert. Il fallait dire qu’elle était rompue à l’exercice. Eh ! On était agent de l’A.R.I. ou on ne l’était pas.

    « Je suppose que vous n’avez pas bu d’eau fraîche depuis un certain temps. C’est peut-être un "putain de rafiot", Sara, mais croyez-moi, il sait recevoir.
    - Ouais… C’est ce qu’il me semble aussi. Dommage qu’il soit dans la piraterie… Marmonna Sara en réponse, mi-figue, mi-raisin.
    - A la vôtre, Sara. Et pour eux. »

    En entendant les paroles de Gilad, Sara sentit l’abattement pointer le bout de son nez en elle. Mais elle l’écarta fermement et ouvrit le bouchon de sa bouteille avant de la brandir.

    « Ouais, pour eux. À la vôtre aussi, Gilad… À Lana Lane et à la victoire. »

    Sara commença à porter la bouteille à ses lèvres, mais, prise d’une subite inspiration, elle écarta de nouveau la bouteille d’un geste brusque et rapide.

    « Et à Forever. »

    Avant qu’on lui demande la moindre explication, Sara se mit à boire précipitamment au goulot de la bouteille. Mais elle faillit s’étouffer en sentant au fond d’elle une satisfaction émue qui ne lui appartenait pas. Bordel ! Est-ce que cette crapule d’alien la surveillait tout le temps. Et elle sut presque aussitôt que non, ce n’était pas tout le temps. Sara toussa un peu pour éjecter une goutte d’eau qui était passée dans sa trachée.
    Avec des gestes un peu brusques, Sara s’approcha de la table où s’était assis Gilad et y posa sa bouteille.


    « À moi la douche ! Déclara-t-elle avec un entrain qui sonnait un peu faux. »

    Et avec sa grande pudeur habituelle, elle se dirigea vers la salle d’eau en commençant par ouvrir d’un coup sec la fermeture éclair de sa combinaison grise, se défaire de la partie supérieure du vêtement, révélant ainsi le débardeur un peu trop large qu’elle portait en dessous (et nous imaginons tous très bien ce que peut donner un débardeur un peu trop large sur un torse aussi féminin que celui de Sara), et défaire ses bottes avant de disparaître derrière la porte.

    Sara entra dans le compartiment de la douche avant de se dévêtir complètement. Elle entra dans la douche et tourna le bouton du robinet qui fit couler l’eau chaude sur son corps. C’était franchement très agréable. Même si Sara était adepte des douches éclairs, elle ne pouvait pas nier que c’était agréable de se laisser aller et laisser couler l’eau tout en ne pensant à rien d’important. Tout en ne pensant à rien du tout en fait. Faire le vide dans son cerveau… Sans y faire attention, Sara se mit à chanter. C’était encore l’un des talents secrets et inattendus de Sara. Même si elle n’avait pas d’entraînement, elle chantait juste et sa voix était agréable, plus claire que ce à quoi on s’attendait de sa part. Tout en sifflant de temps à autre et en tapant du pieds pour marquer le rythme, Sara entonna :


    « All the old paintings on the tombs
    They do the sand dance don't you know…
    »

    Et la douche fut peut-être un peu plus longue que prévu. En sortant, Sara attrapa une serviette qu’elle enroula autour d’elle. Elle se mit en quête de vêtements. Elle trouva un panier à linge qu’elle ouvrit pour découvrir les « tuniques standard ». Oui, bon, c’était des tuniques standard pour pirates, à quoi s’attendait-elle ? En fait, le panier était rempli de toutes sortes de vêtements aux formes et aux couleurs hétéroclites. Après une investigation poussée, Sara se trouva un sobre pantalon blanc, de simples bottes noires (dans lesquelles ses petits pieds flottaient, comme toujours) et pour finir une tunique bleue marine plutôt ample. Elle décida qu’elle était plus ou moins sortable et elle sortit du compartiment puis de la salle d’eau.
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Gilad Antilles le Mer 18 Fév 2009 - 18:39

    Gilad Antilles n’aimait pas attendre. Non pas qu’il ne sache pas faire preuve de patience. A vrai dire, il était même capable d’une patience toute minérale, surtout quand il avait un plan en tête et qu’il devait s’y tenir. Il avait une fois passé douze heures confiné dans l’étroit cockpit de son chasseur, attendant patiemment que les pirates qu’il pourchassait alors tombent dans l’embuscade qu’il avait soigneusement préparée. Mais Gilad observait une distinction très nette entre la patience et l’attente. La patience était une vertu qui s’apprenait rapidement dans une institution comme celle de la flotte, et c’était une qualité nécessaire pour un bon commandant, que ce soit d’une escadrille de chasseurs ou d’un croiseur de combat. Mais la patience impliquait, dans l’esprit de Gilad, la poursuite d’un but bien précis. La patience était un rouage parmi tant d’autres au sein d’un plan, quelle que soit son échelle. Or, l’attente seule n’avait rien à voir. Gilad détestait attendre sans savoir ce qui allait se passer. Il détestait attendre un évènement qu’il ne pouvait pas prévoir. Et, plus important encore, il détestait attendre lorsqu’il n’avait pas but. Et Antilles se sentait profondément désœuvré. Il avait fait de son mieux pour le cacher à Sara ou à son équipe, mais il ne se sentait pas aussi à l’aise qu’il le paraissait. Il se passait quelque chose, là-dehors, quelque chose d’important, de dangereux, et il ne savait pas quoi faire. Pire, il ne pouvait rien faire. Les Phantom encore aptes au combat auraient de suite pu reprendre les commandes de leurs chasseurs malgré leur fatigue si besoin était, mais ce besoin là n’était pas suffisant. Pour le moment du moins, Adonis n’avait pas besoin de se soucier d’une dizaine d’appareils légers en vadrouille, d’autant qu’ils ne pouvaient pas faire grand-chose en ce moment précis. Gilad se maintenait prêt, ainsi que tout son groupe, à effectuer une sortie d’urgence dès que cela serait nécessaire, et malgré tout son flegme, ses mains le démangeaient : sa place était en première ligne, dans le cockpit du valefor. Mais pas maintenant. Maintenant, ses pilotes avaient besoin de tout le temps possible pour se reposer, et il en tirerait plus une fois vaguement requinqués. Lui-même se sentait très fatigué, comme l’avait prouvé son accès de faiblesse tout à l’heure. Mais Gilad avait beau savoir tout cela intellectuellement, il brûlait d’en découvre avec la menace extracirculaire qu’il avait longtemps redoutée. Ce pour quoi il avait sciemment détruit sa carrière se trouvait là, dehors, et il supportait difficilement de ne pas pouvoir se jeter à sa rencontre. Mais les années de discipline et son caractère pragmatique lui permettaient de contenir toute la frustration qui se déchaînait en lui. Du moins pour l’instant.

    Une fois Sara partie sous la douche, Gilad n’était pas pour autant resté inactif. Pour ignorer l’attente qui lui rongeait les nerfs, il avait épluché toutes les données sur les dégâts qu’Adonis avait reçu lors de l’attaque, pris des nouvelles de Kat qui se trouvait à l’infirmerie, et essayé, en vain, de contacter Wilson Khaine. Mais il avait à peine eu le temps de s’agacer du manquement à l’appel de son second qu’il avait consulté une annonce qui lui avait glacé les veines : le commandant Saffron était mort. Gilad avait surmonté le choc de la nouvelle avec toute l’expérience d’officier qu’il possédait, et mis de côté ses sentiments mitigés envers le capitaine pirate pour analyser la situation d’un œil purement militaire. La gamine qui servait de second avait pris le relais, secondées par Neklas Aéris, et Gilad en fut un peu soulagé. Il avait toujours été inconcevable pour lui qu’un poste de second soit confié à une adolescente, même sur un navire pirate. Quels que soient les talents innés, il y avait des postes pour lesquels une réelle expérience était nécessaire, et celui de commandant en second en faisait partie. Mais qu’Aéris supervise le tout rassurait un peu Antilles ; l’officier tactique était doué, et il avait un peu plus de bouteille. Il espérait que cela suffirait… Quant à Saffron lui-même, il avait toujours inspirés à Gilad des sentiments mitigés : c’était un pirate, et un homme étrange, mais le chef d’escadrille avait appris à respecter le personnage, qui n’avait rien du flibustier sanguinaire, et qui s’était montré un commandant capable. Gilad ne s’était jamais lié avec lui –mis à part ses pilotes et Noémie, il n’avait pas vraiment noué de véritable lien à ceux qu’il considérait encore comme des hors-la-loi- mais il regrettait sa mort, et s’inquiétait principalement des conséquences qu’elle pourrait avoir sur Adonis, et la lutte pour la survie de la vivenef et de son équipage de pirates.

    Dont il faisait partie. Gilad eut un sourire amer en songeant au terme « hors-la-loi » qui avait traversé ses pensées en pensant à l’équipage, alors qu’il en était finalement devenu un lui-même. Il ne doutait pas des raisons qui l’avaient poussées sur ce chemin, mais l’officier de la flotte qui était en lui –et dont il ne se débarrasserait sans doute jamais- avait grimacé à chacune des remarques de Sara sur son appartenance aux pirates. Et que les flibustiers d’Adonis n’aient rien à voir avec des tueurs assoiffés de sang ou des brutes dépourvues d’âme ne consolait que peu Antilles. Mais il avait pris sur lui, comme il savait si bien le faire. Mais il ne pouvait s’empêcher de secrètement souffrir des paroles de Sara. Non pas qu’il en veuille à l’agent de l’ARI ; elle lui rappelait simplement la condition dans laquelle il se trouvait, et c’était déjà assez difficile de l’affronter soi-même pour en plus se voir asséner cette vérité par quelqu’un comme Sara Ascroft. Mais Antilles la comprenait ; il aurait d’ailleurs sûrement agi de même s’il s’était retrouvé à sa place. Et malgré la répugnance légitime que la femme éprouvait pour la piraterie, elle avait accepté la situation avec pragmatisme, ce qui renforçait l’admiration que le chef d’escadrille éprouvait à son égard.

    Lors de son toast, il avait soudain eu peur de raviver trop tôt les horribles souvenirs qui devaient s’agiter en elle, mais elle y avait répondu avec assurance. Sa douleur était perceptible, mais elle faisait face à la situation de manière admirable. Elle avait bien mérité la longue douche sous laquelle elle se trouvait maintenant. Et, après avoir lu tous les rapports d’Adonis, appris la mort de Saffron et tout ce qu’il pouvait sur la situation, Gilad avait pris le temps de commander quelque chose à manger au mess, et de réfléchir aux dernières paroles d’Ascroft avant son départ sous la douche. Forever. Gilad se demandait où diable elle avait voulu en venir par là. Elle avait parlé comme sous le coup d’une impulsion subite, et s’était éclipsée aussitôt après comme pour ne pas avoir à en parler, mais Antilles avait la certitude qu’elle savait de quoi elle parlait et qu’elle n’avait pas jeté des mots au hasard. Et s’il n’avait aucune idée de ce dont il s’agissait, tout cela avait éveillé en lui d’étranges échos qu’il était tout bonnement incapable de saisir. Et puis un matelot était arrivé avec un grand plateau en provenance des cuisines et, juste après son départ, Sara terminait de chanter. Gilad avait écouté sans vraiment s’en rendre compte, et il avait trouvé la voix de la femme étrangement captivante. Bien plus qu’il ne se l’avouait à lui-même…

    Lorsqu’elle sortit de la salle d’eau, des vêtements propres sur le dos et l’air légèrement plus détendu, il l’accueillit avec un sourire, et se leva en lui désignant le plateau qui trônait sur la petite table :

    « L’avantage d’un vaisseau pirate, c’est que ses cuisines ne sont pas tenus aux menus réglementaires de la flotte ou de l’A.R.I. Bon, le moment n’est pas non plus à la grande cuisine, mais ce que le matelot qui nous a apporté tout ça à raflé au mess devrait suffire. »

    Les yeux de Gilad brillèrent, et il se rendit compte qu’il avait également très faim. Et qu’il avait lui aussi très envie d’une courte douche, maintenant que la cabine était à nouveau libre. Il mourrait d’envie de quitter sa tenue de vol et de se rafraîchir, mais son estomac décida autrement de ses priorités, et il présenta le plateau à Sara avant de s’asseoir, un sandwich chaud aux filets de plumesables dans les mains. Puis, mordant dans sa prise avec délicatesse, sa courtoisie naturelle l’empêchant de montrer son avidité, il avala une première bouchée avec bonheur. Il chercha le regard de Sara, et lui dédia un regard pétillant malgré sa fatigue et le désoeuvrement qu’il éprouvait secrètement depuis leur retour sur Adonis :

    « Bon appétit. Nous avons de la chance de bénéficier de quelques minutes pour manger tranquillement. Dieu sait ce qui va se passer par la suite : le commandant d’Adonis a été tué sur le pont, son second vient à peine d’atteindre sa puberté, nous avons une sorte de supercuirassé démoniaque et son armada de chasseurs en face de nous, et par-dessus tout nous ne sommes qu’une bande de flibustiers sans fois ni loi. Mais au moins, nous savons recevoir. »

    Gilad souriait dans sa barbe malgré son topo peu encourageant de la situation ; quelque part, la présence de Sara lui rendait toute cette attente bien plus supportable. Il avala –tout en restant distingué, même si une miette s’accrocha dans son bouc- un nouveau morceau de son sandwich, avant de reprendre la parole sur un ton innocent :

    « Je ne savais pas que les policiers chantaient. Vous avez une très jolie voix, Sara. »

    Il porta sa bouteille d’eau à ses lèvres, dissimulant de son mieux un sourire qui n'avait pourtant rien de moqueur, en but quelques gorgées rafraîchissantes, puis posa son sandwich à moitié terminé sur le plateau. Il avait furieusement envie de questionner Sara sur les paroles énigmatiques qu’elle avait proférées tantôt, mais il ne savait pas trop comment aborder le sujet. Il opta pour une autre approche, moins directe :

    « J’ai toujours su qu’il y avait quelque chose là, dehors. Qu’on s’étaient toujours crus trop à l’abri dans notre cercle, sans jamais accepter le fait qu’il devait y avoir quelque chose au-delà de ses limites. C’est pourquoi je me suis retrouvé sur le pont de notre célèbre vivenef pirate. Seulement, je n’aurai jamais cru… avoir à affronter ça. »

    Gilad tapota du doigt sur le goulot de sa bouteille, songeur, et se cala sur son siège, observant Sara. Non, il n’aurait jamais pensé avoir à affronter tout cela, en mettant le pied sur la vivenef pirate. Quoique ce soit.
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Sara M.J. Ascroft le Ven 6 Mar 2009 - 13:26

    Ah oui, Sara se sentait drôlement plus détendue après cette douche. Elle fit d’ailleurs rouler ses épaules en rejoignant la table où s’était installé Gilad Antilles et où il l’attendait avec un en-cas assez consistant comme l’avait demandé Sara avant de passer dans la salle d’eau. Mais le mouvement réveilla la douleur de son épaule gauche brûlée, qu’elle avait presque oubliée. Elle porta sa main droite à son épaule en grimaçant de douleur. Elle n’aimait pas montrer quand ça n’allait pas, mais merde, quand on avait mal, on avait mal ! Et Sara en avait assez de maintenir des apparences qui ne servaient sans doute pas à grand-chose. Elle préféra garder le silence sur sa blessure, cependant, et s’asseoir en face du Commandant Antilles afin de prendre l’un des sandwichs à la viande de plumesable qui étaient disposés sur le plateau et mordre dedans à pleines dents. Bien évidemment, ceci excluait toute élégance. Sara avait trop faim pour jouer les fines bouches. Et puis ce n’était pas comme si elle avait l’habitude de le faire. Cependant, il ne fallait pas non plus exagérer. Les parents de Sara avaient éduqué leur fille convenablement et cela se voyait. Il était hors de question d’exposer à tout vent la nourriture mâchée qui emplissait sa bouche en l’ouvrant avant d’avoir avalé ce qui s’y trouvait. Mais, malgré son sens minimal des convenances, Sara donnait l’impression d’être un grand viking affamé au cours d’un banquet fêtant le dernier massacre à son actif.
    Entre deux énormes bouchées, Sara lança un regard à Antilles. Ce qui calma brusquement son appétit. Elle se mit à manger plus doucement. C’était dingue à quel point de voir quelqu’un manger avec plus de modération que soi pouvait faire naître un ridicule sentiment de culpabilité. Sara fit une moue boudeuse et lança un regard noir à Antilles avant de reprendre une belle bouchée de sandwich en prenant la résolution d’assumer d’avoir l’air d’une barbare à côté de lui. Elle allait pas changer sa façon d’être juste pour lui ! Non mais oh !
    Puis, comme si de rien était, elle répondit au chef d’escadrille à propos de la nourriture :


    « Bah, je préfère ne pas trop critiquer les rations de l’A.R.I.. Je suis sûre que vous savez comme moi qu’on finit par s’en accommoder ou par trouver des arrangements. Et puis, il paraît que ça s’arrange quand on monte en grade… C’est d’ailleurs bien connu que ces snobs de la Spatiale, notamment, ont des goûts de luxe. Enfin, bref, c’est pas comme si j’allais pouvoir expérimenter ça un jour… »

    Il y avait de l’amertume dans les paroles de Sara. Comment aurait-il pu ne pas y en avoir ? Certes Sara laissait toujours croire que ne pas écoper de lourdes responsabilités l’arrangeait bien. Mais cela ne correspondait pas à ce qu’elle ressentait vraiment. Avoir autant de bouteille et rester le dernier des subordonnés était tout de même très humiliant, souvent épuisant et régulièrement problématique. Plus elle avait d’expérience, plus elle entrait en conflit avec ses supérieurs, plus jeunes qu’elle, moins elle avait de chances de voir une promotion pointer le bout de son nez. Un véritable cercle vicieux.
    Enfin, ce n’était pas tellement le moment de se préoccuper de ça.


    « D’un autre côté, je pense que servir sur un supercuirassé de la Flotte et une petite frégate de l’A.R.I. est très différent. Au sein d’une petite équipe soudée, il y a toujours moyen de mettre la main à la pâte en cuisine… Et je me suis toujours arrangée pour avoir une relation privilégiée avec les coqs de l’A.R.I.. »

    Sara adressa un sourire espiègle à Antilles. Mais il disparut bien vite quand elle se rappela que le coq du Fatalisme était mort, lui aussi, avec tout le reste de son escadre. Et comme avec tous les cuisiniers qu’elle avait connus, elle s’entendait merveilleusement bien avec lui.
    Sara posa doucement son sandwich et s’essuya les doigts sur une serviette en papier avant de ramener un genou contre elle, en un réflexe d’autodéfense contre le chagrin qui menaçait de l’envahir. Elle attrapa la bouteille d’eau qu’elle avait laissée sur la table et but une gorgée au goulot. Tout d’un coup, elle n’avait plus très faim.


    « Où en étais-je ? Dit-elle d’une voix rauque et basse en regardant fixement la table d’un air un peu perdu. »

    Mais avant qu’elle ne puisse trouver de réponse à sa question, Gilad enchaîna avec un topo de la situation plutôt peu encourageant. Quand il annonça que le Commandant d’Adonis était mort, Sara releva brusquement la tête.

    « Ah. Merde. »

    Oui, dans le langage de Sara cela voulait aussi dire : « je suis désolée, toutes mes condoléances. »

    « Je comprends que vous vous méfiez de cette gamine qui est second. C’est le lot de nous autres, « les vieux », de ne jurer que par l’expérience. Mais je pense que vous ne devriez pas trop vous en faire. Elle n’est pas toute seule. Et puis, m’est avis que si elle est second à bord d’Adonis, ce n’est sans doute pas pour rien. C’est pas comme si vous étiez dans l’armée où on peut éventuellement se placer au piston… Quant à l’ennemi, il nous paraît démoniaque parce qu’on ne sait rien sur lui… Rien, ou presque. »

    Sara fronça les sourcils, en proie à une intense réflexion. Elle avait subitement l’impression d’avoir oublié quelque chose. Mais quoi ? Bon, elle s’en souviendrait en temps voulu… Pour l’instant, elle avait soif. Elle prit sa bouteille et la porta à sa bouche, quand soudain…

    « Je ne savais pas que les policiers chantaient. Vous avez une très jolie voix, Sara. »

    Pour la seconde fois, Sara faillit s’étouffer. Elle fut prise d’une quinte de toux et jeta un regard accusateur à Antilles. Elle ne savait pas trop s’il était sincère ou s’il se moquait d’elle. De manière générale, elle ne savait pas comment prendre les compliments. Bon, évidemment, quand le compliment s’apparentait à un reluquage de poitrine, elle savait très exactement comment réagir. Mais pas dans un cas comme celui-ci.

    « Oui, bon, ça va, grommela-t-elle, finalement. »

    Heureusement pour elle, Gilad changea rapidement de sujet. D’ailleurs, elle eut un peu l’impression qu’il sautait du coq-à-l’âne. Elle fronça les sourcils en se demandant s’il avait quelque chose derrière la tête.

    « J’ai toujours su qu’il y avait quelque chose là, dehors. Qu’on s’était toujours cru trop à l’abri dans notre cercle, sans jamais accepter le fait qu’il devait y avoir quelque chose au-delà de ses limites. C’est pourquoi je me suis retrouvé sur le pont de notre célèbre vivenef pirate. Seulement, je n’aurai jamais cru… avoir à affronter ça.
    - J’ai moi aussi toujours pensé qu’il était stupide de croire qu’il n’y avait plus rien d’autre à voir dans l’univers. Après tout, on a bien rencontré les Ases et les Shitennô, pourquoi ça s’arrêterait là ? Enfin, je pense que tout le monde pense la même chose quelque part. Mais personne n’avait envie de bouger le petit doigt pour changer les choses. Et puis faut avouer qu’on a déjà un certain nombre de choses à faire à l’intérieur même du Cercle sans avoir à gérer des fortifications de frontière ou des missions d’exploration. Je comprends la politique actuelle du Cercle, même si je ne la cautionne pas. Et puis franchement, personne ne pouvait s’attendre à ça »

    C’était vrai, on ne pouvait pas s’attendre à une attaque dont on était incapable de comprendre la logique.

    « On peut faire tout un tas de reproches au gouvernement du Cercle. Il aurait dû maintenir une surveillance plus élevée au niveau des frontières, rester plus vigilant, lancer des missions de reconnaissance… Mais très franchement, je ne pense pas que, quoi qu’aurait pu faire le gouvernement, cela aurait évité ceci. Bon sang, on ne sait même pas pourquoi nous sommes attaqués ! »

    Sara tapa brusquement du poing sur la table.

    « On ne sait pas qui ils sont… On ne les a jamais vus… Notre expansion s’est arrêtée il y a trop longtemps pour que cela ait un rapport avec cette attaque. Peut-être qu’ils sont trop différents de nous pour qu’on puisse comprendre leurs motifs, après tout… »

    Sara se rappela soudain ce qu’elle avait oublié. Le globe qu’elle avait ramassé sur Mars ! Elle avait dû le laisser dans sa combinaison sale. Elle se leva et fit signe à Gilad de l’attendre un instant. Elle se dirigea en courant vers la salle d’eau et alla fouiner dans la corbeille de linge sale. Elle fouilla les poches de sa combinaison et retrouva le globe noir, toujours enroulé dans un morceau de tissu. Elle le prit du bout des doigts pour le ramener dans la salle de repos. Elle s’installa de nouveau à la table de Gilad et déposa son colis. Elle maintint le globe en équilibre puis retira le morceau d’étoffe qui le recouvrait.

    « Je crois qu’il va falloir que je parle de ça à votre commandement… Évitez de le toucher directement, l’effet n’est pas franchement agréable. »
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Gilad Antilles le Lun 9 Mar 2009 - 18:28

    Gilad ne peut s’empêcher de grimacer quand il vit que Sara souffrait encore de son épaule brûlée. Il se reprit aussitôt, espérant qu’elle ne prendrait pas sa réaction quasi instinctive pour une sorte de pitié mal placée. Mais il était comme ça, Gilad Antilles : il n’aimait pas voir une femme souffrir. Non pas par machisme, ou parce que les femmes n’avaient pas leur place là où était l’action, mais parce que c’était dans sa nature. Il avait été élevé ainsi, et il avait toujours eu de la peine à dissimuler ses instincts de mâle protecteur. Comme il était tout bonnement incapable de ne pas ouvrir la porte à une femme, ou de ne pas se lever pour lui avancer une chaise autour d’une table. Dans les réceptions diplomatiques que ses parents donnaient sur Troie et Valhalla, il avait même été initié à la coutume du baisemain qui, bien que de plus en plus désuète en 3333, était toujours considérée en haute estime dans la famille traditionnaliste des Antilles. Traditionnalistes, mais certes pas réactionnaires pour autant, ce que la plupart des gens avaient de la peine à comprendre lorsqu’ils étaient confrontés à de telles manières. Et où certains préféraient ne voir qu’un pompeux décorum rescapé de temps anciens, Gilad préférait y voir une simple marque de courtoisie certes passée de mode mais non dénuée de sens. Il espérait que Sara ne lui tiendrait pas rigueur d’un tel comportement, mais même fatigué et tendu comme il était, il y avait des schémas de comportement qu’il ne pouvait tout simplement pas mettre de côté, tellement ces schémas étaient ancrés au plus profond de lui.

    Il ne s’offusqua par pour autant de l’avidité que mettait Sara à dévorer son sandwich. Gilad s’imposait une certaine retenue en toutes circonstances, mais il savait que ce qu’il appliquait à sa personne ne se retrouvait pas chez tout le monde. Il y avait ceux qui croyaient dur comme faire au fait que leur comportement soit le seul assez digne de représenter la norme et ceux qui, comme Gilad, n’y accordait guère d’importance. Et puis, il était content de voir que Sara prenait du plaisir à son repas. Il avait d’ailleurs tendance à se montrer content pour Sara de manière presque ininterrompue depuis leur arrivée sur Adonis, ce qui ne manquait pas de le perturber. Mais en tant qu’officier de carrière, il savait mettre ses pensées personnelles de côté, et se félicitait de pouvoir le faire à un moment pareil. Du moins, il espérait très fort y arriver. Il se concentra sur ce que disait Sara, faisant son possible pour se persuader que ce n’était là qu’une interaction quasi professionnelle comme tant d’autres. Et puis, ce n’était pas la première fois qu’il adressait la parole à un agent de l’A.R.I, que diable ! Il avait même discouru avec un ou deux amiraux sans guère de problèmes. Mais ces amiraux ne dégageaient pas la même présence que Sara Ascroft, et ils ne s’étaient certainement pas jetés sur un copieux sandwich après être sortis de la douche.

    Par miracle autant que par une maîtrise de soi conférant à l’art, Gilad réussit une fois de plus à ne pas exprimer le trouble qui l’agitait. Du moins, il l’espérait ; mais dans l’ensemble, il pensait avoir été assez convaincant dans son rôle de commandant d’escadrille inflexible, dernière défense contre les pensées qui l’assaillaient. Ce qui ne l’empêcha pas de sourire aux commentaires de Sara sur les arrangements culinaires au sein des petites escouades de l’A.R.I, ni de compatir discrètement à la douleur de la femme lorsqu’il la sentit se replonger dans les douloureux souvenirs de la perte de ses camarades…

    …et de sourire à nouveau derrière sa barbe, le plus discrètement possible, quand Sara maugréa suite au commentaire qu’il avait fait sur sa voix. Il avait été parfaitement sincère, et ne s’était nullement forcé à être flatteur, mais il n’était pas étonné de la réaction d’Ascroft. Il ne la connaissait que depuis quelques heures, mais cela lui semblait assez pour cerner de manière certes large le caractère ardent de l’agent. Gilad hésita un instant, se demandant s’il devait en être séduit ou s’en amuser, et décida d’opter pour les deux. Il lui aurait difficile d’agir autrement, de toute façon. Mais la conversation se poursuivit sur un sujet plus sérieux, et le commandant des Phantom écouta avec attention ce que Sara avait à dire sur le sujet.

    Et force lui fut d’admettre qu’elle n’avait pas tort. Ses arguments étaient logiques, et sonnaient étrangement juste aux oreilles d’Antilles malgré son aversion pour la politique du Cercle dès qu’elle dépassait les limites de l’espace connu. Sara n’avait jamais été membre de la flotte, ce qui lui donnait un point de vue extérieur sans doute bien plus neutre que Gilad aurait jamais pu avoir, et il sourit intérieurement, mi-figue mi-raisin, en admettant qu’il avait toujours été radical sur la question.

    « Vous n’avez pas tort, Sara. Je ne crois pas que, têtu comme je suis, je pourrai jamais être totalement d’accord, mais vous n’avez pas tort. Nous n’avions aucune idée de ce qui allait nous tomber dessus. Nous n’avions sans doute aucun moyen de le savoir avant que cela arrive, qui plus est. Et je crois que c’est ce qui m’agace le plus : je n’ai jamais aimé l’incertitude, et les surprises ne sont pas mon fort. Particulièrement quand elles se manifestent sous la forme de vaisseaux noirs inconnus et qu’elles tuent des habitants du Cercle. Et comme vous, j’admets –même à contrecœur- que la politique du Cercle, du moins celle concernant sa défense, est compréhensible. Même si j’ai passé les dix dernières années à prétendre le contraire. Mais c’est plus facile pour un seul homme de tenir position qu’à tout un gouvernement. Après tout, ça ne me coûte rien, et je n’ai pas plusieurs planètes à administrer, à protéger. Mais je ne peux pas non plus nier ce que je ressens depuis si longtemps… »

    Gilad s’interrompit tranquillement, et contempla le plateau repas immobile sur la petite table de la salle de repos. Tout était calme malgré les circonstances, et le bruit étouffé du va et vient qui régnait dans les coursives s’était légèrement estompé. La vivenef n’avait pas tremblé depuis leur atterrissage dans le hnagar, aucune nouvelle attaque directe ne semblait avoir à nouveau eu lieu, et on aurait presque pu croire qu’Adonis n’effectuait qu’un simple voyage d’agrément. Tout confirmait la vieille maxime qui datait de la Terre : le calme avant la tempête.

    « Nous ne pouvions pas être prêts. » Gilad reprit où il s’était arrêté, se penchant légèrement en avant. « Mais l’avons-nous jamais été pour quoi que ce soit ? Depuis la mort de la vieille Terre, depuis que les humains ont émigré parmi les étoiles, depuis la formation du Cercle, nous n’avons jamais eu la moindre raison d’être prêts pour quoi que ce soit. Nous avons conservé une flotte, une armée, comme les Ases et les Shitennôs, mais plus par habitude, par sentiment de sécurité et de confort que par nécessité. Nous ne savons plus faire la guerre. Bon sang, il n’y a pas eu de véritable conflit armé dans le Cercle depuis notre arrivée en tant qu’humains, et sans doute même avant ! Et ce n’est pas comme si la brève confrontation avec les Shitennôs comptait ! La flotte du Cercle est peut-être rutilante et impressionnante, mais elle n’est… qu’un symbole. Une façade brillante et ordonnée en apparence, mais pratiquement sclérosée à l’intérieur. Les dirigeants, tant de la flotte que des autres corps d’armée, n’ont jamais fait la guerre. Pas plus que moi. Tout ce que nous avons appris, c’est comment chasser pirates et contrebandiers. Quand nous ne le devenons pas nous-mêmes. »

    Gilad se fendit d’un sourire ironique plus douloureux qu’il ne l’aurait voulu, et continua sur sa lancée : « La plupart des officiers aux commandes de la flotte ne sauraient pas comment réagir si une flottille de plus de cinq gros appareils passait en hyperespace jusque dans leur pantalon ! Alors une attaque en règle d’une flotte inconnue, vous pensez bien ! Je ne saurais sans doute pas mieux m’en sortir qu’eux, même si je suis conscient du danger. Et c’est ce qui m’effraie. »

    Antilles se tut, plongeant ses yeux sombres dans ceux de Sara, et revint à l’étrange petite sphère noire qu’elle avait posée sur la table. Il l’observa quelques instants et finit par secouer doucement la tête, presque inconsciemment :

    « Je n’ai jamais rien vu de tel. C’est assurément une bien étrange chose, que vous nous ramenez de Mars, Sara. Je ne sais pas si nous avons un réel commandement à disposition pour en discuter –nous sommes des pirates, n’oubliez pas (il sourit à nouveau, cette fois avec amusement) - mais je suis sûr que les savants que nous hébergeons se feront une joie d’examiner pareils objets. Vous avez déjà entendu parler de Final Experiment, j’imagine ? Je ne sais pas trop pourquoi, mais Adonis semble avoir pris pour coutume de leur servir de refuge depuis bien longtemps. Il semble que cela prenne tout son sens, aujourd’hui… »
    Gilad avait presque murmuré ces derniers mots, comme captivé par la sphère que Sara avait apportée. Il voulut avancer la main pour la toucher, mais un effort de volonté et l’avertissement de Sara l’en empêchèrent, et il n’esquissa pas un geste. Il passa quelques longues secondes à contempler l’objet, curieusement attiré par l’inconnu qu’il représentait. Puis il releva les yeux, les traits toujours fatigués mais légèrement plus détendus qu’auparavant :

    « Un bien curieux objet, en effet. Ca risque fort de vous paraître un peu étrange, voir idiot, mais... je trouve qu’il a quelque chose de fascinant, de presque attirant… Comme s’il était si important qu’il s’efforcerait de nous le faire savoir. » Gilad sourit à nouveau, et secoua la tête : « Mais je dois tout simplement être plus fatigué que je ne le croyais, n’est-ce pas ? Et pourtant, j’essaie de ne pas le montrer. Ca induit la plupart des gens à penser que j’ai, comme le dit l’expression, « un balai dans le cul » -ses yeux étincelèrent joyeusement, et il ne put dissimuler un large sourire, pleinement conscient de l’impression qu’il devait donner à quelqu’un comme Sara- mais quitte à avoir quelque chose dans le fondement, je préfère penser qu’il vaut mieux avoir un balai qu’une serpillère, vous ne croyez pas ? »

    Il regarda Sara quelques instants encore avec un amusement qu’il n’avait plus l’envie ni la force de contenir à ce stade de la conversation, et se resservit d’une nouvelle bouchée de sandwich à la viande de plumesable avant de reprendre la parole sur un ton plus sérieux :

    « Pour en revenir à ces… envahisseurs, ou qui qu’ils soient, je rebondis sur ce que vous m’avez dit tout à l’heure : on ne sait pas qui ils sont, ni ce qu’ils veulent. Ni si, effectivement, ils sont ne serait-ce que suffisamment pareil à nous pour que nous puissions espérer comprendre ce qu’ils sont venus faire sur Mars, ou pourquoi ils ont eu l’air de s’en prendre à Lana Lane. Et si je n’aime déjà pas l’idée de se retrouver avec un pareil opposant sur les bras, j’aime encore moins celle qui consiste à nous confronter à un ennemi que nous ne serions même pas capable de comprendre… »

    Gilad mordit dans son sandwich, et mâcha pensivement sa nouvelle bouchée.
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Sara M.J. Ascroft le Ven 20 Mar 2009 - 14:38

    Sara avait laissé un silence mystérieux s’installer après avoir présenté la sphère noire sur la table de la salle de repos. Elle avait aussi laissé mariner Gilad tout en spéculant sur la nature de l’objet. Curieusement, il avait déjà tout un tas de choses à dire sur le sujet… Évidemment, Sara regretta aussitôt d’avoir tenté de ménager un effet. Bon, la prochaine fois, elle irait droit au but, plutôt que de se prendre un peu trop au sérieux. Ça lui apprendrait à changer de ses habitudes… Cela dit, ce que lui dit Gilad lui remit un peu les idées en place.
    Mais oui ! La
    Final Experiment ! En l’occurrence, ces scientifiques allaient grandement les aider. Un physicien ne serait vraiment pas de trop pour examiner l’objet… Histoire de savoir comment cette chose était faite… Et surtout, comment on pouvait la détruire…

    « Oui, je suis au courant de la vieille alliance entre les pirates d’Adonis et les scientifiques de la Final Experiment. Je ne sais pas non plus pourquoi les pirates d’Adonis financent leurs recherches, mais je crois que c’est tout simplement lié à la nature d’Adonis. C’est lui-même l’une des reliques du passé que les membres de la FE tentent de comprendre. Si ça se trouve, c’est lui qui a décidé ça. Et après tout, vous vivez à bord… »

    Sara haussa les épaules.

    « Je suppose que si vous voulez en savoir plus à ce sujet, il suffit de lui demander d’en parler. »

    Sans vraiment y faire attention, Sara avait retrouvé son appétit. Machinalement, elle reprit son sandwich en main et se fit un devoir de le dévorer jusqu’à la dernière miette. Elle avait noté l’intérêt que Gilad portait au globe noir. Il se sentait attiré. Une mauvaise chose, mais Sara pouvait difficilement lui en vouloir, car c’était la même attirance qui avait poussé l’agent de l’ARI à ramasser l’objet. Mais elle avait déjà cette théorie à ce sujet.

    « Vous ne vous trompez pas sur l’importance de cet objet. Surtout dans l’immédiat. Et vous avez aussi raison sur un point, ce truc s’efforce de faire savoir quelque chose. Mais je ne sais pas si c’est son importance et je ne suis pas sûre que le message nous soit adressé… Quoique… En tout cas, si cette chose est en train d’essayer de nous faire passer un message, je serais d’avis de ne pas l’écouter. Il vient directement de notre ennemi. »

    Sara allait dire comment elle avait mis la main sur le globe noir… Mais elle hésita. Une nouvelle fois. Elle se rendit compte que si elle retardait le moment où elle allait raconter tout ça, ce n’était pas pour ménager un effet. Non. Elle avait peur que le Commandant d’escadrille Gilad Antilles ne la croit pas et se moque d’elle. Son histoire était absurde. Et si elle voulait paraître un brin crédible, elle allait déjà devoir garder le silence sur ses rêves. Mais même sans ses rêves, ce qui lui était arrivé était bien assez extraordinaire comme ça. Si on lui avait raconté une histoire comme celle-là, elle-même aurait eu du mal à y croire. Elle était trop pragmatique pour ça. En fait, en temps normal, elle aurait même mis en doute d’avoir vécu tout cela. Mais toute son escadre était morte d’un coup et après ça, elle s’était rendu compte que tout était possible. Malheureusement.
    C’était ça. C’était ça qui l’avait rendue suffisamment ouverte…

    Sara secoua la main au-dessus de sa tête comme pour chasser une mouche invisible.

    Quand Gilad avait précisé qu’on pouvait croire qu’il avait un balai dans le cul, Sara n’avait pas pu s’empêcher de sursauter. C’était très précisément la première chose que Sara avait pensé de Gilad. Pendant un instant, elle parut un peu gênée. En général, les types qui avaient un balai dans le cul avaient beaucoup de mal à l’admettre. Mais Sara nota avec un certain soulagement qu’il ne l’admettait pas vraiment, non plus. C’était vrai quoi, si les types qui avaient un balai dans le cul ne se conduisaient plus comme tel, où allait la Galaxie ?
    Bref, Sara répondit sur un ton un peu hésitant.


    « J’sais pas trop ce que vous entendez par avoir une serpillière dans le cul. Mais… Il y a vingt ans, j’ai appris qu’avoir un balai dans le cul… N’était pas forcément une mauvaise chose. En fait, j’ai connu deux gars qui avaient un balai dans le cul, mais qui en fait étaient tous les deux très… »

    Ouh là ! Qu’est-ce qu’elle racontait, là, Sara ? Elle allait bientôt débiter toute sa vie. Elle chercha pendant quelques secondes comment terminer sa phrase, car « attirants », ça n’allait pas trop le faire.

    « … Bien. »

    Voilà. Des types biens. C’était ce qu’aurait dit Clyde. Sauf que Clyde était un homme et qu’il était hétérosexuel. Forcément, il ne pensait pas comme Sara… Donc « bien », c’était le bon adjectif. Après tout, elle aurait pu très bien considérer le Capitaine Moreau et le Capitaine Geri comme des hommes biens, en tout bien tout honneur… Ou pas.
    Oh là là ! Sara commençait à s’emmêler les pinceaux mentalement. Il fallait qu’elle oublie tout ça et qu’elle pense à autre chose. Changeons de sujet, pensa-t-elle. Sans transition…


    « L’un d’eux est mort aujourd’hui. »

    Oui, sauf que ça, c’était le deuxième sujet à éviter, ma cocotte, se tança Sara.
    Mais avant qu’elle n’aie pu changer une deuxième fois de sujet, ses pensées se mirent à ressasser tout ce qui s’était passé quelques heures plus tôt. Son capitaine était mort, tué l’un de ces drones noirs et froids. C’était drôlement pratique d’envoyer des machines se battre à sa place. C’était propre, c’était net, pas de poids sur la conscience, on s’en sortait les mains toutes propres. Sara fut prise d’un accès de haine pour leur ennemi, quel qu’il était. Mais vint avec la haine la culpabilité. Elle avait empêché Geri de lui parler. Il avait ressenti le besoin de se déclarer et elle l’avait refoulé. Maintenant qu’il était mort, il ne pourrait plus jamais le faire. Si seulement elle n’avait pas été aussi butée ! Et puis, si elle avait été plus vigilante, il serait sans doute toujours en vie. Comme elle crevait d’envie de revenir en arrière pour abattre ce stupide drone avant qu’il ne tue son capitaine ! Mais évidemment, c’était impossible. Ça faisait des siècles, des millénaires, que les humains tentaient d’assouvir ce fantasme, et elle n’y était jamais parvenue.

    Quelque chose remua en Sara à ce moment-là. Elle se dandina un peu sur sa chaise, mal à l’aise.

    Mais ce quelque chose avait réussi à détourner ses pensées avant qu’elles ne deviennent trop noires pour son bien. Elle saisit l’occasion pour changer de sujet et rebondir sur ce que disait Gilad à propos de leur opposant.


    « Oui… Il est tout à fait possible que nous ne soyons pas en mesure de comprendre notre ennemi. Mais, en réalité, je n’y crois pas une seconde. Je suis sûre qu’on peut les comprendre et… »

    Sara désigna le globe noir du doigt.

    « Cette chose est le premier pas dans cette direction. »

    Sara se décida. Elle prit une longue inspiration puis se lança.

    « Je ne sais pas comment j’ai réussi mon affaire, mais j’ai tiré sur un point sensible d’un drone. Il a explosé entièrement et cette pièce est tombée au sol. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai ramassé. Suite à ça, tout le temps où ma main a été en contact avec le globe, j’ai eu… Des sortes de visions… Et en fait, je pense que c’était des sortes de messages télépathiques. Les messages que j’ai reçu n’étaient pas adressés à moi, mais au drone que j’ai détruit. Ce truc, c’est leur moyen de communication ! Ce que j’ai vu et entendu, c’étaient des ordres d’attaques. Le plus intéressant dans tout ça, c’est que non seulement j’ai pu recevoir les messages, j’ai pu les comprendre, mais j’ai pu savoir d’où ils venaient. Le plus gros vaisseau, en arrivant, a largué un grand dôme noir à la surface de Mars. Lana m’a dit que c’était sans doute ce truc qui l’empêchait de communiquer par télépathie avec les autres Ordinateurs à Personnalités. Mais j’ai également découvert que ce dôme servait à transmettre tous les ordres de la flotte ennemie ! Si on arrive à détruire ce dôme, peut-être qu’on arrivera à les mettre en déroute ! »

    Sara s’était laissée emportée par son enthousiasme. Elle s’était levée et s’était mise à faire les cents pas à côté de la table. Elle alla se rasseoir, mais elle n’était pas moins excitée. Selon elle, c’était une chance inouïe d’avoir pu obtenir une telle information et il fallait absolument l’exploiter. Le problème, c’était que cela ne dépendait pas d’elle. Il fallait d’abord que quelqu’un de compétent l’écoute, la croie et agisse en conséquence… Ce qui était sans doute beaucoup demander de la part des pirates en sachant qu’elle était un agent de l’ARI, leur ennemi naturel, en somme. Mais Sara se devait d’essayer de les convaincre.
    Elle reprit la parole d’un ton plus calme.


    « En tout cas, cela prouve qu’ils ne sont pas aussi inaccessibles, différents et infaillibles qu’ils ne semblent l’être. À vrai dire, je les trouve plus maladroits. Ils n’ont peut-être pas plus d’expérience de la guerre que nous… En tout cas, avec leur supériorité numérique écrasante, ils auraient pu détruire Adonis sans problème. Ils ne l’ont pas fait. Et c’était une très grosse erreur. »
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    Re: Retour [PV Sara] {#001}

    Message par Gilad Antilles le Dim 5 Avr 2009 - 19:06

    « Ce n’est pas parce que le message provient de l’ennemi qu’il n’est pas une bonne chose de l’écouter. » dit Gilad en se renversant calmement contre le dossier de sa chaise, les yeux tournés vers Sara, mais son attention fixée sur le petit globe noir. Il se massa machinalement le poignet, comme pour empêcher sa main de se tendre pour saisir l’objet à nouveau. Il ressentait toujours cette curieuse et soudaine fascination pour la sphère, symbole même de l’inconnu qui les menaçait par-delà les limites bienheureuses et endormies du Cercle, mais il avait aussi la très nette impression qu’il était important d’y résister. Pensif, Gilad se demanda un instant s’il allait être nécessaire de se débarrasser de l’objet en traversant les lignes ennemies pour l’y jeter dans le puits en fusion d’une supernova, étouffant un sourire.

    « L’information, d’où qu’elle provienne, est une arme capitale, un élément de première importance lors d’une guerre. Et si guerre il doit y avoir, extirper tout ce que l’on peut de cet objet me paraît important. Je ne dis pas qu’il faut s’y fier, mais je gage que les têtes pensantes de la Final Experiment sauront nous aider à y voir clair. Du moins je l’espère. »

    Même pour le plus brillant des scientifiques du Cercle, une chose comme la sphère rapportée de Mars par Sara pourrait peut-être paraître comme le plus insondable des sujets d’étude. L’ennemi –Gilad s’était déjà habitué à penser ainsi en ces termes- semblait si différent que ce ne serait certainement pas une partie de plaisir, même pour la FE. Si différent, mais quelque part semblable : ils avaient des vaisseaux, ils exploraient l’espace et savaient comment détruire.

    En parallèle, Antilles ne pouvait s’empêcher de se satisfaire de la surprise de Sara concernant sa remarque sur les ustensiles ménagers et les rectums. Elle ne le connaissait pas encore assez pour savoir qu’il avait une grande expérience lorsqu’il s’agissait de deviner ce qui cachait dans la tête de ses interlocuteurs, et il avait mis son sens de l’observation patiemment travaillé au fil des années à profit. Et puis, concernant ce sujet là au moins, il n’était pas si difficile d’approximativement deviner les pensées de l’agent Ascroft. Les yeux de Gilad Antilles brillèrent quand elle s’empêtra dans sa réponse, et il se sentit curieusement ravi. S’il n’avait pas été lui-même, il aurait sans doute gloussé d’amusement, mais il se retint avec l’art du gentleman, seule la lueur de ses yeux trahissant son grand amusement. Quant à ce que Gilad entendait par son histoire de serpillère, c’était directement en rapport avec la rigidité de l’objet. A son avis, le pilote estimait qu’un balai bien solide dans le fondement valait infiniment mieux qu’une serpillère molle et humide. C’était là toute la différence entre la force de caractère et la volonté d’une éponge.

    Ecoutant attentivement Sara qui reprenait le sujet concernant la sphère et les extracirulaires, Gilad se redressa sur son siège et tendit le bras pour se saisir de sa bouteille d’eau. Il ne la porta pas à ses lèvres, se contentant de la passer lentement d’une main à l’autre comme pour supporter sa réflexion. Il attendit que Sara termine, tapota le bouchon de la bouteille, et porta brièvement sa main libre à son bouc avant de parler :

    « Oh, nous pourrons sûrement les comprendre. Comme je l’ai dit, je compte un peu sur la Final Experiment pour cela. Mais d’après ce que vous venez de me dire, la science de nos grosses têtes n’est peut-être pas le seul moyen… »

    Le leader des Phantom chercha le regard de Sara et s’y riva, lui signifiant clairement qu’elle avait eu toute son attention et qu’il ne la prenait pas pour une folle. En temps normal, oui, il aurait certainement émis plus d’une réticence à l’idée de gober une histoire pareille, pleine de mots comme « rêves » ou « télépathie ». Mais les temps étaient tout sauf normaux, et la conviction qu’il décelait dans la voix, dans l’attitude même d’Ascroft, soufflait à son instinct de pilote qu’il devait la croire sur parole. Ou alors ils étaient tous deux encore plus fatigués qu’il ne le pensait.

    « Je ne vous mets pas en doute, c’est certain, Sara. Vous avez cité les ordinateurs à personnalité, qui nous prouvent qu’un moyen de communication télépathique ou assimilé existe bel et bien. Ces créatures, ou quelles qu’elles soient, pourraient tout à fait avoir développé un principe similaire. Vos rêves, vos… comment dire, visions ? Disons, visions, sont sans doute une conséquence de ce moyen de communiquer. Pour ma part, mis à part cette étrange fascination momentanée, je n’ai rien ressenti de spécial en touchant cette sphère. Ce qui signifie, soit que ses effets viennent avec le temps, soit que vous êtes… spéciale. »

    Gilad se fendit d’un sourire presque gêné en prononçant ce dernier mot, comme s’il avait peur que son emploi trahisse ses pensées concernant Sara et l’attirance qu’il savait maintenant avoir pour elle. Il n’en laissa rien paraître de plus, du moins l’espérait-il, et enchaîna sans attendre avec un sourire en coin plus naturel :

    « Quoiqu’il en soit, si une créature étrange vient visiter mes pensées, je vous en avertirai aussi sec. Mais en attendant, peut-être devriez-vous quand même vous faire examiner, à la fois par le médecin de bord –Gilad hésita entre l'amusement et la consternation en songeant au toubib en chef de la vivenef pirate- et par les membres de la Final Experiment. J’imagine que cela vous sera demandé de toute façon, une fois le calme revenu. Je ne dis pas qu’on trouvera quelque chose chez vous qui nous permettra d’en savoir plus, mais il faut bien s’arrêter sur toutes les éventualités. »
    Antilles haussa les épaules, posa sa bouteille et s’empara de son sandwich –toujours le même- presque terminé dont il grignota la dernière bouchée. Il n’avait visiblement pas autant d’appétit que Sara, mais il était surtout occupé à réfléchir pour éviter d’être troublé plus encore par l’agent de l’ARI. Ce qui ne l’empêcha de lui dire doucement des mots que lui-même s’étonner de prononcer :

    « Vous êtes un être bien curieux, Sara Ascroft… »

    Il se reprit rapidement, rebondissant sur les dernières paroles de Sara :

    « Vous avez peut-être raison, concernant leur faillibilité. Du moins je l’espère ; nous n’avons pas grand-chose à quoi nous raccrocher… Et s’ils ne savent pas mieux faire la guerre que nous, j’espère que nous apprendrons plus vite qu’eux le feront. »

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