Un quart d'heure de politesse {#001}

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    Message par Invité le Jeu 8 Jan 2009 - 21:51

    La journée commençait mal pour Deadelus. Un bruit strident l'avait sorti de son ignoble torpeur pendant qu'il se dissolvait tel une aspirine dans son bain, suivi de la voix de son supérieur direct qui le sommait d'aller sur le pont. Bin voyons. Il avait fixé le plafond avec désespoir, mais l'idée de pouvoir sortir de cette ignoble chose humide l'aida à surmonter cette épreuve. Vérifiant que les rideaux autour de lui étaient bien fermés, il se leva dans l'espère de baignoire en métal qui avait été, il faut le dire, très inconfortable, même si elle l'avait empêché de faner telle une fleur dans le désert.
    Sa peau n'avait plus la texture d'un vieux papyrus, c'était le principal.
    Deadelus avait attrapé en se pressant le semblant de peignoir qui pendait non loin, craignant que ce nabot de docteur ne vienne le réveiller en l'aspergeant d'eau froide (le summum de l'horreur !).
    Sec, enfin, il avait enfilé ses vêtements, qui avaient pour seul intérêt de le couvrir, et absolument pas de le transformer en bellâtre de SpacioElle.

    Il avait quitté l'infirmerie en toute discrétion, profitant de l'absence du médecin, et les mains plongées dans les poches de son pantalon, il se dirigea d'un pas tranquille vers le pont, suivant les indications sur les murs tel un touriste dans un musée.

    Ah, il était là, le boiteux de mauvaise humeur. En essayant de ne pas sourire avec ironie, il sortit les mains de ses poches et s'avança vers le lieutenant, qui avait l'air aussi ravi d'être là que lui l'était sous l'eau. Ca s'annonçait fabuleux.

    "Vous m'avez fait demander ?" Demanda-t-il d'une voix trainante, avant de s'éclaircir la gorge en se redressant légèrement.

    Il n'avait rencontré Hlodowic qu'une seule fois, mais il lui semblait avoir réussi à cerner à peu près le personnage. Grande gueule, plutôt cynique, tout cela cachait sans doute un malaise profond, peut-être lui avait-on piqué ses jouets quand il était petit. Un cas pathologique, sans aucun doute.

    Suivant ses pensées, il sourit légèrement, avant de reprendre une expression à la limite de la lassitude. Une goutte d'eau venant de ses cheveux encore légèrement humides tomba dans son pauvre cou, qui pourtant n'avait rien fait de mal. Dead se crispa, plaqua une main sur sa nuque en se penchant vers l'avant comme pour se recroqueviller.

    "Ah bordel de m ... !"

    Il se redressa aussi soudainement qu'il avait juré, et carra les épaules. Il cligna des yeux, préparant déjà intérieurement une excuse pour son comportement.


    Dernière édition par Deadelus Kaeffren le Mer 14 Jan 2009 - 19:43, édité 1 fois
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    Message par Invité le Ven 9 Jan 2009 - 0:05

    S'il y avait bien une chose qui, à bord, n'était pas de coutume, il s'agissait bien de la ponctualité. Cet épiphénomène que l'on rencontrait souvent parmi les populations Ases à cheval sur les principes n'étaient pas vraiment monnaie courante à bord de Pandore. A dire vrai, le retard accumulé par les uns et les autres aurait permis, cumulé, de s'offrir un petite année sabbatique dans un endroit sympathique du Cercle.
    Sur Avalon, par exemple.

    Ou pas.
    Non, il fallait être honnête, Avalon était une belle planète mais... un rien humide ! Fort heureusement, 'Rad n'était pas perclus de rhumatismes, comme tout bon enfant de Carbonek, et savait savamment éviter les gouttes d'eau lorsque le bon Dieu et tous ses anges fessus tiraient la chasse - ce qui était salutaire. Un proverbe Avalonien scandait, en ces termes enjoués "Un raz-de-marée peut tuer 500.000 âmes en une rasade. Un spatiowhisky, au maximum une. Sauvons des vies !"
    Ah, comme un bon petit spatiowhisky serait apprécié en un tel moment, alors que le fauteuil semblait plus chaud, plus confortable et les paupières de Konrad s'épaississaient, se couvraient de plomb pour finalement languir et choir avant de se ferm...

    "Vous m'avez fait demander ?"

    Peut-on arrêter la narration de cette histoire un instant, afin de faire le point sur une donnée essentielle ?
    Je vous remercie.
    Si tout un chacun, de nos jours, sait à quoi ressemble une supernova, peu de gens ont jusqu'ici tenter d'en appliquer l'effet au corps humain.
    Soient deux yeux, en voie d'extinction, mourants, somnolents, au bord de l'effondrement sur eux-mêmes... Alors arrive l'improbable, une décharge infime, dernière étincelle vivace en leur sein - ou plutôt en leur pupille - venant raviver ces astres déclinants, pour générer une réaction en chaîne qui s'emballe, et provoque le cataclysme que nous connaissons tous. Les globes oculaires s'écarquillent alors jusqu'à s'exorbiter - le comble pour des astres - et s'emplir d'un feu dévastateur, porteur de tout un tas de saloperies (comme les rayons gamma... les enfants, demandez l'aide de vos parents) et flamber de mille flammes rougeoyantes, embrasant l'univers décati alentours.
    En appliquant cette description outrageusement scientifique au regard de notre vaillant héros, ce gringalet brun à la jambe presque apoptosée, nous comprendrons, pour peu que nous fussions physionomistes, les sentiments qui le traversèrent lorsque le sous-lieutenant arriva, en moins de temps qu'il n'en faut à Kallista de jeter son dévolu sur un représentant de la gent masculine, soit moins de 3 nanosecondes.

    "Je vous ai appelé, oui," déclara-t-il en se redressant, pour finalement se hisser en position debout, moyennant un effort surhumain de ses bras sur les accoudoirs.

    Debout.
    Même ainsi, il était plus petit que Deadalus, qui le dépassait de quelques 8 centimètres arrogants. Konrad n'avait pas pour habitude de s'arrêter à ces détails, mais il fallait bien avouer que cela était particulièrement gênant pour pouvoir asseoir son autorité.
    chassant ces pensées de sa tête, il fixa Kaeffren dans les yeux, tâchant de se souvenir du CV de ce jeune énergumène qui avait été débauché... non, embauché, quelques trois semaines auparavant.

    *Alors... il a bossé sur Avalon... le pauvre... puis... rien... puis... ici...*

    "Je vais vous briefer assez rapidement, nous n'avons malheureusement pas de temps à perdre en salamalecs..."

    "Ah bordel de m ... !"

    Le tout accompagné d'un nouveau mouvement de danse en vogue chez la jeunesse décérébrée de l'époque, avec force mouvements de bras et ondulations du bassin.
    Konrad le fixait sans ciller, ne sachant s'il avait affaire à un branquignol ou bien à un simple d'esprit. L'un ne valant mieux que l'autre, il continua.

    "Bon, je vois que vous connaissez déjà le vocabulaire de base de tout bon contrebandier... reste à vérifier les autres compétences... Votre rôle, ici, sera de m'assister dans le commandement de la Vivenef lors de phases délicates nous mettant en proie avec d'autres individus aux intentions autres que de jouer au loup."

    Il laissa un temps de répit, afin que le jeune élève - pourtant plus âgé que lui-même - puisse assimiler les deux informations potentielles cachées dans son discours.

    "Ca va ? Je ne vais pas trop vite ? Bon, c'est bien. Là, c'est mon terminal, là, le vôtre. Techniquement, vous serez en charge de toute la surveillance radar et relaierez nos informations à l'astrogation, j'ai pour ma part la responsabilité des moyens de défense, d'attaque, et de propulsion du vaisseau, ainsi que la tactique générale de notre flottille, en mission, le tout étant d'abord discuté avec l'équipage... OK, d'accord, elle ne paie pas de mine mais... elle est efficace... Parfois."

    Il se reposa légèrement contre le fauteuil, se penchant un peu afin de libérer de son poids sa jambe amochée.

    "Des questions ?" lâcha-t-il, aussi souriant qu'à l'accoutumée.
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    Message par Invité le Ven 9 Jan 2009 - 0:50

    Daedelus fixait de façon imperturbable son supérieur, prêt à lâcher son excuse à propos d'une mouche ayant élu domicile dans son col. Mais il n'en eut pas besoin. Son nouveau supérieur s'apprêtait à lui vomir un monologue sur l'état des troupes, la dépression qui l'attendait, et les peintures de la salle de repos.

    "Bon, je vois que vous connaissez déjà le vocabulaire de base de tout bon contrebandier... reste à vérifier les autres compétences... Votre rôle, ici, sera de m'assister dans le commandement de la Vivenef lors de phases délicates nous mettant en proie avec d'autres individus aux intentions autres que de jouer au loup."

    Blablabla, ne pouvait-il pas aller à l'essentiel ? Il était en pleine convalescence, qu'on l'épargne, pitié ! Il crispa la mâchoire en sentant une nouvelle goutte couler de son cou jusqu'au milieu de son dos, mais celle-ci n'avait pas eu l'effet de surprise de la première. Il se maîtrisa donc, hochant légèrement la tête. Il se demanda s'il eut été de bon ton de rire légèrement aux petits traits d'humour de Hlodowic, mais il n'avait pas la force de jouer à l'hypocrite ou la secrétaire écervelée, il s'abstint donc. Jusqu'ici il n'avait rien entendu de nouveau, il écouta donc la suite.

    "Ca va ? Je ne vais pas trop vite ? Bon, c'est bien. Là, c'est mon terminal, là, le vôtre. Techniquement, vous serez en charge de toute la surveillance radar et relaierez nos informations à l'astrogation, j'ai pour ma part la responsabilité des moyens de défense, d'attaque, et de propulsion du vaisseau, ainsi que la tactique générale de notre flottille, en mission, le tout étant d'abord discuté avec l'équipage... OK, d'accord, elle ne paie pas de mine mais... elle est efficace... Parfois.""

    Surveillance et relai d'information ... Génial, il allait s'emmerder sur un vaisseau pourri à scruter l'espace pendant que l'autre unijambiste allait faire tout le boulot marrant, comme d'habitude !

    "C'est tout ?" Demanda-t-il à propos de ses responsabilités. "Enfin, même pas d'opportunité de faire plus, plus tard ?" Il haussa les sourcils, signifiant au lieutenant qu'il espérait mieux de sa part.

    "Et comment ça "parfois efficace" ? Vous voulez dire que vous avez une flotte de merde, c'est ça ? Dites donc vous savez vous vendre vous, ça donne tout de suite envie de bosser." Termina-t-il avec un léger rire ironique. "Vous vous foutez de moi hein ?" Il sourit à pleines dents, de belles dents formant le sourire effrayant d'un joker.

    Il passa une main derrière sa tête et secoua ses cheveux pour disperser les gouttes qui menaçaient de s'attaquer à sa peau. Il avisa l'écran devant lequel il allait ronchonner dans les mois à venir. Le fauteuil avait l'air naze. Il leva les yeux au ciel.

    *Si tu m'emmerdes je te le pète ton vaisseau de merde* Songea l'adolescent en crise résidant dans son crâne. Il se retint une nouvelle fois, cette fois-ci de soupirer avec un air dramatique, et n'afficha d'un air crispé. Tout ça pour échapper à l'armée, il avait encore eu une bonne idée. Ah, l'idée chevaleresque du contrebandier vaillant la méchante armée semblait bien loin.


    Dernière édition par Deadelus Kaeffren le Mer 14 Jan 2009 - 19:44, édité 1 fois
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Ven 9 Jan 2009 - 11:00

    Ce qu'il y a de plus éreintant, dans le travail de baby-sitter, est que, une fois l'enfant arrivé à "l'âge de raison", il faut s'efforcer de répondre à ses "pourquoi", "comment" et autres questions existentielles de la manière la plus posée et la plus calme. Ne jamais s'énerver, de peur de se laisser un peu trop aller et décoller la tête des épaules du garnement d'un coup de main bien senti. Une mornifle décapitatoire, en quelque sorte.

    Deadalus était pareil, semblait-il. De vieilles chansons avaient, au millénaire précédent, scandé "Born to be alive" ou, mieux, bien mieux, "born to be wild". La mélodie qui se développait en ces instants entre les deux oreilles de notre vaillant lieutenant était quelque chose du genre "Born to bore the shit out of you".

    *Du calme, 'Rad, du calme... il est encore en convalescence...*

    "C'est tout ? Enfin, même pas d'opportunité de faire plus, plus tard ?"

    "Plus tard n'est pas maintenant, donc nous nous en chargerons... plus tard. Vous pouvez aussi vous charger du café, si d'aventure il vous prenait l'envie folle de vouloir amener ici la machine à expresso qui trône dans ma cabine."

    Konrad s'appuya un peu plus contre le dossier de la chaise, calant son postérieur sur le haut du dossier de façon à reposer ses jambes, sans paraître s'asseoir pour autant.

    "Vous m'assisterez lors des sorties de l'escadrille, ça vous fera prendre l'air..."

    Et voilà, le petit nouveau, après avoir passé son temps à se la couler douce, se mettait à râler parce qu'il ne se voyait pas offrir les responsabilités auxquelles il semblait tant aspirer.

    "De plus, vous êtes nouveau, ici, alors si vous voulez survivre, honnêtement, mettez-la en veilleuse. On ne débarque pas la bouche en coeur auprès de ses supérieurs en pestant du manque de responsabilités que l'on a après avoir passé près d'un mois à se faire dorlotter dans un hammam."


    ET MEEEEEEEEEEEEEEERR-zut ! Visiblement, la fatigue avait empêché notre brave et courageux Konrad de tenir sa langue, comme il ne le faisait, de toute façon, habituellement pas. Le sang affluait peu à peu à son cerveau, le mettant en marche et faisant grincer les rouages un rien rouillés de sa machine interne. Debout, là-dedans !

    "Remarquez... vous pouvez toujours avoir plus de boulot, il suffit de ne plus avoir de supérieur..." glissa-t-il en un sifflement. "Mais ce serait suspect, non ?"

    Comment cela ? De l'incitation à la violence ? Que nenni, madame, que nenni ! Simplement une observation fort à propos des actions qu'aurait à faire le nouveau venu au visage si souriant si l'envie lui prenait d'être au four et au moulin. D'ailleurs, objectivement, Konrad ne voyait pas réellement ce qui déplaisait au jeune homme - pourtant plus vieux que lui, délectons-nous de cette information. S'occuper du vaisseau était littéralement casse-coui... dans la mesure où il fallait sans cesse actualiser les rapports de maintenance, se les farcir en 4e vitesse afin d'être réactif. Imagine-t-on, durant une bataille de tous les diables, un lieutenant tactique annoncer "Missiles prêts !" avant d'entendre un grand pfuiiit annonçant que, en réalité, le vaisseau n'avait plus aucun objet oblong de la sorte ? Cela mène souvent à un grand BOUM bariolé et scintillant empêchant le tacticien incompétent de commettre une nouvelle fois encore son erreur.
    Et puis, il pourrait aussi aider à réfléchir, le petit jeune - vieux - ça ne lui ferait pas de mal.

    "Et comment ça "parfois efficace" ? Vous voulez dire que vous avez une flotte de merde, c'est ça ? Dites donc vous savez vous vendre vous, ça donne tout de suite envie de bosser. Vous vous foutez de moi hein ?"

    Konrad regarda Deadalus d'un air morne.

    "Non."

    Parfois, certaines réponses monosyllabiques se suffisent à elles-mêmes. Dans le cas présent, il aurait été délectable pour le lieutenant claudiquant de s'en tenir là, mais il devait mettre le shitennô au goût du vaisseau, et poursuivit, sans pour autant s'empresser inutilement.

    "Je n'ai rien à vous vendre, vous avez déjà signé. C'est con, mais c'est comme ça, vous vous êtes planté, on dirait." Il haussa les épaules. "L'escadrille Hécate est très bonne, demandez donc à nos amis militaires..." un petit sourire cruel s'esquissa sur ses lèvres avant de disparaître subito. "Mais sans un entraîneur, une équipe est vouée à l'échec... comme les Marsouins Hurlants lors de la dernière coupe intersidérale de Sen’suikyuu."

    Il haussa les épaules, espérant avoir comprendre à l'homme un rien désinvolte les tenants et les aboutissants de son engagement sur Pandore.
    Bizarrement, Konrad avait l'étrange impression obsédante que ce n'était pas vraiment le cas...
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    Message par Invité le Ven 9 Jan 2009 - 12:57

    Le petit lieutenant boiteux semblait avoir beaucoup de choses à dire, et son apparente tranquillité semblait troublée par le creux entre ses sourcils qui rivalisait avec celui de Deadelus. Un jour peut-être s'amuserait-il à mesurer mutuellement cette ride trahissant un mal-être profond nécessitant une peluche et quelques spaciowhisky pour s'endormir. Peut-être dans dix ans, quand ils se seraient tellement tapé dessus qu'il n'y aurait plus rien d'autre à faire, ils se raconteraient leurs malheurs avec des larmes au coin des yeux telles deux midinettes se jurant main dans la main "Best Friends Forever ! Kya !".

    Non, ça n'arriverait jamais. Mais la scène était risible, et cela suffit à Dead pour supporter le discours hautin de ce supérieur pour lequel il ne ressentait absolument aucun respect.

    "Plus tard n'est pas maintenant, donc nous nous en chargerons... plus tard. Vous pouvez aussi vous charger du café, si d'aventure il vous prenait l'envie folle de vouloir amener ici la machine à expresso qui trône dans ma cabine."

    Pour un tacticien, il n'avait pas tellement l'air enclin à ouvrir les yeux sur le futur. Déjà un défaut majeur derrière la carapace de maître de bord de ce gamin à trois jambes. Dead aurait pu siffler en haussant les sourcils afin de lui montrer à quel point il était impressionné par son intelligence, plus grande que la vivenef elle-même, mais le reste du discours l'en empêcha.

    "Vous m'assisterez lors des sorties de l'escadrille, ça vous fera prendre l'air..."

    Sortir avec l'escadrille ? Oui et pourquoi pas prendre le thé dans un de leurs vaisseaux pendant une attaque, histoire de décider si oui ou non la ceinture de sécurité est réellement nécessaire pour que le crâne d'un pilote ne s'encastre pas le panneau de commande ? Bon sang, plus ce mioche parlait, plus Dead se sentait à la fois intelligent et dégoûté du poste auquel il avait consenti. Il aurait mieux fait de crever con et au chômage dans le désert, ou bien de se faire attraper par l'armée et de se faire torturer par des chatouilles jusqu'à ce que mort s'en suive. Il souffla discrètement par le nez pour laisser s'échapper la rage montante qui commençait à lui piquer les narines.

    "De plus, vous êtes nouveau, ici, alors si vous voulez survivre, honnêtement, mettez-la en veilleuse. On ne débarque pas la bouche en cœur auprès de ses supérieurs en pestant du manque de responsabilités que l'on a après avoir passé près d'un mois à se faire dorloter dans un hammam."

    Dead eut du mal à ne pas répliquer. Déjà parce que ce n'est pas ce qu'il avait demandé ; il voulait l'assurance d'avoir plus de travail que ça dans le futur, ceci montrant qu'il admettait d'abord faire ses preuves à ce poste là ; ensuite parce que "se faire dorloter dans un hammam" était très loin de ce qu'il avait enduré dans cette flotte, à poil dans l'infirmerie avec une sale peste insolente en guise de médecin. Ça ne ressemblait pas aux vacances que le lieutenant voulait décrire.

    "Remarquez... vous pouvez toujours avoir plus de boulot, il suffit de ne plus avoir de supérieur... Mais ce serait suspect, non ?"

    A ces mots, il ne put s'empêcher d'afficher un sourire sardonique et même d'émettre un petit rire dont il se servit pour acquiescer. Très bonne idée en effet. Il voyait d'ici l'épitaphe, "Le petit lieutenant boiteux, mort empalé sur sa canne, il restera à jamais dans nos cœurs comme un sale petit merdeux arrogant." Dead pinça les lèvres lorsqu'un large sourire menaça de déborder de sa bouche.

    "Non. Je n'ai rien à vous vendre, vous avez déjà signé. C'est con, mais c'est comme ça, vous vous êtes planté, on dirait. L'escadrille Hécate est très bonne, demandez donc à nos amis militaires... Mais sans un entraîneur, une équipe est vouée à l'échec... comme les Marsouins Hurlants lors de la dernière coupe intersidérale de Sen’suikyuu."

    Ah, un adepte des métaphores sportives, voilà qui détruisait un peu plus l'estime microscopique qu'il avait put avoir pour son lieutenant. Il secoua la tête avec une expression désespérée. A peine deux minutes de discussion avec son supérieur, et il savait déjà qu'ils se boufferaient le nez jusqu'à ce qu'il n'y ai plus rien à manger sur les corps humanoïdes. Ça s'annonçait joyeux et intellectuellement stimulant, si s'envoyer des mots doux pouvait être stimulant mentalement ...

    Dead s'éclaircit la gorge. C'était à son tour de faire le beau en lançant des phrases toutes faites pour impressionner la galerie. Il déploya ses plumes, leva le menton, et étrécit légèrement les yeux avec un air menaçant.

    "Pour commencer, "patron"" Il appuya sur le mot avec un haussement de sourcils ironique. "Il va falloir vous habituer à ce que je l'ouvre, ce n'est pas dans mes habitudes de la fermer quand j'ai quelque chose à dire. Si encore vous vous contentiez des politesses d'usage et que vous faisiez preuve d'un peu plus de professionnalisme, j'aurais attendu d'en savoir un peu plus sur ce qui m'attend pour m'exprimer. Mais puisque vous aimez tellement étaler votre semblant de compétences et d'autorité, je préfère vous montrer tout de suite que ça ne prend pas avec moi."

    Il se frotta le menton avec l'index et le pouce de sa main gauche.

    "J'attends donc que vous arrêtiez de vous foutre de moi comme si j'étais un vulgaire bleu dans la profession, et que vous ne me preniez pas pour le larbin qui va se péter les yeux sur un écran-radar juste parce que vous avez la flemme d'engager quelqu'un pour le faire."

    Il laissa retomber sa main avec un étrange sourire innocent monté de toute pièce.

    "Ceci étant dit, j'aimerais donc signer un contrat avec vous. Je refais une période d'essai, la mienne ayant bien sûr ressemblé à des vacances dans un hammam avec une dizaine de femmes pour me tenir compagnie, pendant laquelle j'accepte de faire le mariole à côté de vous en vous disant quand et où nous risquons de heurter une astéroïde de la taille de l'incompétence de l'armée, et à la fin de cette période, qui sera bien sûr fructueuse, je veux un boulot plus intéressant. C'est dans votre intérêt, à me foutre au radar vous allez finir avec un psychopathe meurtrier à bord, et le nain qui vous sert d'infirmière aura tellement de boulot qu'il va finir par me rejoindre dans ma folie sanglante."

    Il ponctua son discours d'un petit hochement de tête entendu, puis sourit une nouvelle fois.

    "Ok ?" Demanda-t-il avec tout le sarcasme que son corps contenait.


    Dernière édition par Deadelus Kaeffren le Mer 14 Jan 2009 - 19:45, édité 1 fois
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    Message par Invité le Ven 9 Jan 2009 - 18:58

    D'aucuns ont une autorité naturelle. Leur charisme, leur volonté, et leur prestance en font des "meneurs-nés", des personnes dont on sait a priori que les actions seront bonnes, et que l'on juge a posteriori comme étant les meilleures.
    D'autres, en revanche, doivent élever la voix pour marquer leur territoire, ce qui est tout de même plus civilisé que de mesurer son appendice caudal en public.
    Enfin, certains s'en moquent comme de leur première culotte, et ne cherchent aucun rapport de puissance, juste une confiance suffisant pour établir des relations acceptables en vue d'effectuer un travail, sinon exceptionnel, du moins plus que satisfaisant.
    Konrad, contrairement à ce que prétendait le jeune damoiseau visiblement en rut priapique - ce qui expliquait son humeur massacrante - appartenait à la 3e catégorie. Il avait été nommé lieutenant tactique de Pandore en raison de sa formation, mais il aurait très bien pu être le critique officiel de CosmoPlayBoys du vaisseau, cela lui aurait tout aussi plu. Tant que le travail était effectué, et que tout le monde rentrait à bon port, sans dommages, cela lui convenait pleinement.

    Ainsi, donc, la réponse du nouveau venu barboteur en culotte courte le laissa de marbre. Il était amusant de voir comment les gens pouvaient se monter le bourrichon eux-mêmes. A y réfléchir, d'ailleurs, peu de colères avaient pour véritable comburant une tierce personne. Il s'agissait souvent d'une auto-excitation, sorte de réaction auto-alimentée s'emballant. Donc on produit de l'énergie, encore, encore, et encore plus. Quand le tout bout, le couvercle explose. Et les l'on voit rouge.
    Son interlocuteur souffla par le nez, signe flagrant que l'ire lui picotait furieusement les narines.
    Konrad le regarda d'un œil agacé - entendre les jérémiades des moins de 10 ans le gonflait, alors, de fait, celles des plus de 20 ans ne l'emballaient pas outre mesure, et c'était un euphémisme - et irrité. S'il ne supportait pas une chose, en plus de ses congénères, c'était la mauvaise foi coupable et le toupet que se permettait cet énergumène. A priori, il avait été embauché par la commandante, ou par la seconde, qui l'avait mis au parfum. Alors vraiment...

    Il laissa planer quelques secondes après la logorrhée de Deadalus pour reprendre.

    "C'est bon ? On a dit tout ce que l'on avait sur le cœur ? Le gros chagrin est fini ? On peut passer à autre chose, ou bien monsieur a encore un caprice ? S'il n'y a que ça, nous pouvons organiser une cagnotte sur le pont et nous cotiser pour demander à Elk de vous satisfaire, il ne refuserait vraisemblablement pas... et ça vous calmerait un peu."

    Au temps où l'on naviguait encore sur les mers avec de fébriles embarcations de bois, l'on avait l'habitude de faire chauffer par le feu les projectiles métalliques que l'on tirait sur son adversaire pour enflammer son navire. Konrad, à la fois amusé et piqué, se délectait à présent de pouvoir se mettre à tirer à boulets rouges - vu que la cohabitation durerait certainement longtemps...

    "Donc vous voulez un boulot plus intéressant que de nous éviter de nous bouffer des météorites ? Allez le dire à l'astrogateur, car c'est de son travail dont vous parlez, là... Visiblement, vous vous méprenez..."

    Il soupira de manière exagérée, comme pour montrer sa déception, lui offrant un regard plein de pitié, histoire de parfaire le tableau.

    "Vous n'avez jamais bossé sur un vaisseau, vous, si ? Déléguer et répartir les tâches entre deux personnes permettent une meilleure réactivité, augmentée d'environ 15% lorsque l'on est seul, selon l'Institut de la Statistique du Cercle..."

    Ah, ce bon vieux ton professoral, qui permettait de rabaisser les gens en leur lançant n'importe quel ineptie à la figure...

    "Plus sérieusement, le boulot de tacticien consiste en la prévision d'un événement selon les données initiales et une bonne réactivité durant l'opération, je pense que vous arriverez malgré les efforts que vous déployez à vous faire passer pour un abruti. Je suis certain que la commandante a vu clair en vous et que sous la brute écervelée se cache l'Isaac Newton du IIIe Millénaire... Quant à votre requête..."

    Konrad se retourna, pressa une touche de son clavier, qui eut pour résultat de faire défiler plusieurs écrans remplis de chiffres, de cartes et de tableaux. Il s'assit sur son fauteuil, poussant un soupir de soulagement. La suture effectuée par Erylianen quelques heures auparavant se réveillait, envoyant des décharges violents à travers sa jambe. Il indiqua d'un mouvement vague de la main le poste à côté de lui.

    "Asseyez-vous, et fermez-là."
    Là, il s'énervait un peu tout seul, ce dont il se rendit compte.

    "Je ne peux vous fournir un nouveau contrat, je ne suis pas directeur des ressources humaines à bord. De toute façon, il n'y en a pas, ce qui simplifie les choses. Vous voulez faire vos preuves, tout gonflé et bouffi d'orgueil que vous êtes ? Très bien, voici votre occasion."

    Il tapota quelques lignes sur son écran, envoyant les données à son nouveau sous-lieutenant. Son visage se décrispa alors, et son ton devint d'un coup plus monocorde, dénué de toute passion, de toute colère ou affection. Il se mettait au boulot, de la meilleure manière qui soit : la manière ennuyante.

    "Nous sommes en direction pour Mars, et nous sommes pour le moins dans la merde, comme vous pouvez le voir. Un supercroiseur semble nous attendre là-bas, on ne sait rien là-dessus, de toute façon nos communications déconnent, donc pour savoir... On sait qu'Adonis sera sur place, ainsi que Nimue - Ô joie ! - nous resterons à l'arrière pour des raisons évidentes... Avec seulement 42% de nos batteries énergétiques et deux missiles de croisière, nous sommes une proie facile. Nos chasseurs feront donc le gros du travail sur place MAIS la règle d'or à bord est de ramener chaque pilote en un seul morceau, Drachnar apprécie peu les corps atomisés... Nous sommes donc là pour cela."

    Il se tourna vers le sous-lieutenant, pour lui offrir un regard froid, comme s'il s'adressait à une personne dont il n'avait que faire :

    "Faites votre boulot convenablement, et on ne vous balance pas dans le recycleur d'excréments. Tout ce que vous avez à faire dans les heures qui viennent est de prendre connaissance de ces documents et de les assimiler. C'est dans vos cordes ?"

    Il s'arrêta là, commençant à songer à la façon dont l'escadrille devrait aborder l'obstacle. Techniquement, ils ne seraient pas trop de deux pour veiller à la fois sur leur flotte, sur la Vivenef, et sur leurs amis militaires et pirates...

    "Mais quel bordel..." murmura-t-il, en en consultant la dernière carte connue de Mars.
    Un léger sourire de satisfaction s'esquissa sur ses lèvres : quoi de plus enivrant que l'angoisse avant la bataille ?
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Ven 9 Jan 2009 - 19:46

    Dead perdit le fil quelque part vers le milieu, après s'être fait globalement traiter de pauvre con immature et incompétent. Il décida pour ses propres nerfs de couper le contact avec ses oreilles, et laissa son lieutenant déblatérer son exposé comme les vieux croulants qui avaient été ses professeurs à l'université. Il en avait d'ailleurs une partie des caractéristiques physiques, et de curieuses expressions passaient sur son visage. Successivement la douleur, l'ennui, l'irritation, la moquerie ... Tant d'expressions qu'il avait souvent provoqué et qui ne lui faisaient plus grand chose.

    Mais il ruminait. Comment ça un gamin pleurnicheur ? Il était normal selon lui de râler lorsqu'on lui assignait des tâches aussi peu intéressantes. Il n'était pas là pour glander devant le radar, c'était évident non ? Quel crétin hypocrite d'oser ne pas le reconnaître ...

    Fort heureusement, il n'avait pas entendu le passage de Hlodowic sur "la brute écervelée [...] bouffie d'orgueil", ce à quoi son petit cœur n'aurait pas survécu. Il continuait à disserter intérieurement sur l'imperméabilité du petit lieutenant boiteux à l'ironie dont il avait fait preuve, et sur les coups de pied au cul qu'il lui mettrait bien dès qu'il en aurait l'occasion. Il songea aussi à cette personne, Elk, dont il ignorait l'existence, et qui devait être une prostituée engagée à bord. Étrange, tout de même, même pour des mercenaires ... Enfin pourquoi pas, ils avaient l'air d'engager toute sorte de déchets sur cette vivenef.

    Il se reconnecta à ses oreilles assez brutalement, quand il comprit que l'autre était en train d'exposer la situation actuelle, ce qui était tout de même plus intéressant que le reste.

    "Nous sommes en direction pour Mars, et nous sommes pour le moins dans la merde, comme vous pouvez le voir. Un supercroiseur semble nous attendre là-bas, on ne sait rien là-dessus, de toute façon nos communications déconnent, donc pour savoir... On sait qu'Adonis sera sur place, ainsi que Nimue - Ô joie ! - nous resterons à l'arrière pour des raisons évidentes... Avec seulement 42% de nos batteries énergétiques et deux missiles de croisière, nous sommes une proie facile. Nos chasseurs feront donc le gros du travail sur place MAIS la règle d'or à bord est de ramener chaque pilote en un seul morceau, Drachnar apprécie peu les corps atomisés... Nous sommes donc là pour cela."

    En effet, ça avait l'air d'être le bordel. Une tonne de questions s'amassèrent brutalement dans son esprit, ce qui était normal dans cette situation, d'autant plus pour un tacticien pas si incompétent que ça. Mais il n'avait absolument pas envie de les poser à ce type, il préférait encore s'en remettre à lui-même pour obtenir les informations nécessaires.

    Le regard froid du lieutenant aurait eu plus facilement l'effet inverse à celui escompté, tant et si bien que Dead ne put s'empêcher de rire un moment pendant que le petit humain commençait à le menacer de ... oh, de faire son travail ! Mais quelle honte ! Il devait faire quelque chose ? Se mettre au courant de la situation ? Mais ... Et le radar ?

    "Faites votre boulot convenablement, et on ne vous balance pas dans le recycleur d'excréments. Tout ce que vous avez à faire dans les heures qui viennent est de prendre connaissance de ces documents et de les assimiler. C'est dans vos cordes ?"

    Deadelus rit de plus belle, plus fort et plus longtemps en imaginant Konrad ressortir du recycleur à excréments, tout beau, tout propre, de bonne humeur, sans canne et avec l'air détendu, tel un homme ... neuf. Une ordure recyclée pour un monde meilleur.
    Il essuya une larme imaginaire en hochant la tête à la fin du long monologue de son patron, et souffla un coup pour arrêter de rire. Il renifla sans élégance, et alla s'écrouler dans son siège, toujours le sourire aux lèvres.

    "Au moins, vous êtes drôle" Conclut-il, prenant enfin la parole.

    Et il se plongea dans la mine d'informations qu'on venait de lui envoyer. Voilà qui allait au moins l'occuper correctement quelques temps. Ça s'annonçait plus intéressant que ce qu'il avait pu faire sur Nimue peu de temps auparavant.

    "Et le café dont vous avez parlé, ça tient toujours ? Ça pourrait nous servir pour les heures à venir. Vous m'avez tellement assommé par votre intelligence et votre charisme que je vais bientôt m'écrouler."

    Il coula un regard presque langoureux vers Hlodowic afin d'appuyer ses propos, puis sourit de nouveau de toutes ses dents.


    Dernière édition par Deadelus Kaeffren le Mer 14 Jan 2009 - 19:46, édité 1 fois
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Sam 10 Jan 2009 - 1:18

    Un adolescent...
    Un adolescent en pleine crise existentielle.
    Un adolescent qui a encore besoin de résoudre son Œdipe en tuant l'image du père, de l'autorité... Il serait temps, certes...
    Voilà comment Deadalus apparaissait aux yeux de Hlodowic. Un éternel adolescent qui recherchait le conflit pour pouvoir s'affirmer dans une société qu'il rejetait et qui, dans tous les cas, le rejetait.
    Hum... Jugement purement personnel, nous l'aurons bien saisi. En effet, les rires à gorge déployée ne conviennent qu'aux dames à forte poitrine, et non aux damoiseaux frustrés, trop grands (les gueux !) et trop vieux (les croulants !) pour présenter un intérêt quelconque aux yeux d'un jeune éphèbe dans le printemps de sa vie. Certes, avec une patte en déroute, mais cela est purement visuel et n'entrave en rien les compétences intellectuello-réflectives de notre amis bipède. Monopède. Tripède ?
    Passons !
    Ainsi, le comportement du sieur Kaeffren laissait Konrad de marbre, un peu habitué qu'il était de voir Eryl crier dans tous les coins en se tenant les cheveux et en criant, comme tout emo qui se respecte, que ses parents étaient des imbéciles qui ne servaient à rien, que les profs étaient bouchés, et que la société ne comprenait pas le mal-être qui leur transperçait les entrailles.
    Les rires s'éteignirent d'eux-même, sans doute par lassitude flagrante. Évidemment, il ne manquait que la touche d'insolence que Dead n'oublia pas :

    "Au moins, vous êtes drôle"

    Ce à quoi Konrad répondit logiquement :

    "Ca surprend, au début, hein ?"

    Avant de se replonger dans la visualisation du lieu d'arrivée.
    C'était le boxon. La planète était entourée de quelques astéroïdes épars, çà et là, vestiges propulsés de l'ancienne Terre, dans des trajectoires erratiques aussi aléatoires que les neurones dans la tête de la maid du CosmoPlayBoy du mois de juillet...

    Donc Pandore devrait se tenir en retrait... Il se tourna vers le bleu, afin de le tester un minimum.

    "Interro surprise. Inutile de sortir une feuille, des réponses orales suffiront. Avantages et inconvénients à être en retrait dans une opération où l'on se trouve allié avec deux ennemis potentiels ? Vous avez deux minutes."

    Question pour le moins évidente... mais l'évidence n'est jamais triviale, surtout pour un tacticien.

    "Il vous reste moins d'une minute..."
    souffla-t-il, en fixant son écran avec nervosité.

    Il n'aimait pas cette opération. Même si Lana devait être "sauvée", Pandore n'était pas en état de faire front. Et la moindre erreur de leur part, la moindre erreur de la part d'un des deux tacticiens, signifiait la réduction de la Vivenef en gelée cosmique.
    Et ça, honnêtement, ne lui plaisait que très moyennement.
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Sam 10 Jan 2009 - 2:00

    Deadelus n'eut pas de réponse pour le café, et aucune réaction à son coup d'œil langoureux. Mais c'était sans doute mieux, il préférait ne pas en avoir à vrai dire, ce genre de comportement lui ayant déjà apporté des ennuis. Il se plongea alors complètement dans les informations données par son supérieur, ignorant finalement ce qui l'entourait, et la frustration de cette seconde rencontre avec le vieillard d'une petite vingtaine d'années.

    Alors qu'il lisait, son corps s'affaissait de plus en plus dans son siège, et sa tête menaçait dangereusement d'atteindre le niveau du dossier, qui normalement lui arrivait sous les omoplates. D'une main il pianotait sur son menton, les yeux écarquillés, et de l'autre il tripotait un briquet qui trainait au fond de sa poche droite. Il n'avait pas fumé depuis longtemps, trop longtemps même. Et alors qu'il lisait, l'envie se faisait de plus en plus forte. Pouvait-on fumer sur cette vivenef ? Il n'avait encore vu personne le faire, et chose étrange, lui qui était plutôt sans gêne, n'osait pas s'y autoriser. Il commençait à sentir ses poumons se compresser, sa gorge se nouer. Il déglutit, son coeur battant dans ses tempes, ses mains se mirent à trembler et ...

    La voix du boiteux le tira de sa vision de lui-même avec vingt cigarettes dans la bouche et il tourna vers lui le regard fou d'un toxicomane en manque.

    "Interro surprise. Inutile de sortir une feuille, des réponses orales suffiront. Avantages et inconvénients à être en retrait dans une opération où l'on se trouve allié avec deux ennemis potentiels ? Vous avez deux minutes."

    Il haussa les sourcils, puis mima une expression d'intense réflexion, un doigt entre ses yeux, et les yeux tellement plissés qu'ils semblaient fermés.

    "Heu attendez, je suis sûr que j'le sais, attendez !"


    Il rassembla les réponses qui fusaient un peu n'importe où dans son cerveau en manque de nicotine, les rangea sommairement, et ouvrit la bouche.

    "Il vous reste moins d'une minute..."

    Il la referma, remarquant que son supérieur ne le regardait même pas, et leva les yeux au ciel avec insolence.

    "Hé oh, on n'est pas à question pour un Shitennô ou à qui veut gagner des queues de cerises ici, calmez vous un peu vous allez nous faire une attaque !"

    Fier de son pathétique trait ... "d'esprit", il fit pivoter son siège pour faire face à son supérieur, croisa les mains sur ses jambes tel un étudiant devant un jury, et répondit calmement.

    "Avantages : Bonne vision d'ensemble, diminution des risques de dommages, donc moins d'énergie à déployer, fuite plus rapide, et si les alliés se retournent contre nous, on peut soit les démolir - peu de chance - soit fuir. Inconvénients : Les escadrilles atteignent moins rapidement la cible, mettent plus de temps à se replier, la portée de tir de Pandore sera peut-être insuffisante, et même si elle ne l'est pas, il reste le risque de toucher des alliés, ces mêmes alliés peuvent se retourner contre nous, et deux vivenefs sur la gueule, ça peut faire mal."

    Après avoir lâché ces généralités, il réfléchit une seconde à l'importance d'autres détails qui lui semblaient mineurs, puis les effaça pour les remplacer par une phrase ayant encore moins d'intérêt.

    "En gros, on va pouvoir regarder les autres se faire buter, se casser au moindre problème, et pouvoir dire plus tard qu'on était là, qu'on a tout vu, que c'était moche et qu'on n'a rien pu faire."

    Il hocha la tête d'un air entendu, passa une main derrière sa nuque en scrutant son patron avec un air quelque peu ... constipé, la mâchoire serrée et les sourcils froncés, comme s'il se retenait d'ajouter quelque chose.

    "J'peux fumer dites ?"

    Ah, loupé.


    Dernière édition par Deadelus Kaeffren le Mer 14 Jan 2009 - 19:46, édité 1 fois
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Sam 10 Jan 2009 - 14:15

    "Mesdames et messieurs, nous avons un gagnant à notre grrrand jeu 'Le chaînon défaillant' !"

    Si l'on pouvait associer une musique à une situation aussi cocasse, un petit jingle marquant la victoire s'imposait. Il se mit donc logiquement à siffloter ce qui avait pour but de signifier à Dead qu'il avait trouvé une bonne réponse.



    Il décrocha ses yeux de l'écran, pour s'adosser plus profondément dans son fauteuil, en regardant un point à l'infini, sur le plafond de la salle de commandes, le pont.
    Il finit par porter son regard sur le jeune élève qui attendait patiemment que sa maîtresse distribue les bons points, pour déclarer :

    "C'est une bonne réponse, donc. Un petit bout de nougat pour notre vaillant compétiteur qui n'est pas aussi sot qu'il en a l'air !"


    Il soupira, l'air de dire "ça est un beau bazar". Il s'accouda à son pupitre, l'air songeur.

    "Que la flotte mette du temps à se déplier est le moins important, cela peut nous éviter des pertes..."

    Cynique ? non, réaliste. Il valait mieux, et on le comprenait, limiter les pertes chez soi en premier lieu.

    "Le repli sera plus délicat, il faudra sans cesse rétablir une bonne position de manière à avoir le champ dégagé entre les chasseurs et nous-mêmes, je pense que c'est une conclusion plus que banale... Le plus important est de savoir qui est plus à même de se retourner contre nous... Nous commerçons déjà avec Adonis, et nous n'avons pas eu de problèmes... Mais ce sont des pirates, et j'ai du mal à leur accorder ma confiance... Nimue, ce sont des militaires... De là à ce qu'ils aient récupéré des membres de l'ARI avec eux - ce qui serait fort envisageable - ils seront plus tentés de s'approcher de nous en vue de nous passer les menottes, pan pan la matraque..."

    Ses yeux se levèrent de nouveau vers le plafond qui était, décidément, très beau.

    "Si Nimue et Adonis décident de débuter une tactique d'encerclement par taille - ce qui serait une erreur - nous serons en plus exposés au feu ennemi... ce qui se finirait en Game Over pour tout le monde à bord."

    "En gros, on va pouvoir regarder les autres se faire buter, se casser au moindre problème, et pouvoir dire plus tard qu'on était là, qu'on a tout vu, que c'était moche et qu'on n'a rien pu faire."

    Konrad soupira, presqu'exaspéré.

    "Quelque chose comme ça, ouais... Sauf que l'on n'a pas le droit de partir. Et donc on va regarder les autres se faire massacrer avant de subir le retour de flamme... Autant éviter l'affrontement, nous n'avons de toute façon pas suffisamment d'énergie pour pouvoir espérer utiliser les canons. Donc on les élimine... surtout face à un supercuirassé, nous ne sommes pas de taille... Si l'on considère un engin moyen il sera armé jusqu'aux dents, et nous renverra ad patres avant qu'on ait pu dire 'ouf pouf'. En revanche, nous sommes mobiles... on glisse bien..."

    Et on renforce la mobilité derechef, afin de pouvoir se faufiler comme une anguille entre des rochers.
    Risqué, mais inévitable.
    Une idée...

    "Les trois parties composant un missile astral ? Vous avez une minute, c'est une question bleue, un enfant de trois ans neurasthénique pourrait y répondre..."

    A condition d'avoir le feu vert pour sacrifier les deux ultimes missiles en stock, ils pourraient booster un peu l'esquive de la bête... un peu...

    "Ah, au fait, on ne fume pas sur le pont. Dans les cabines, j'en sais rien, mais si on peut éviter la douche ici, ce serait cool de ne pas titiller les détecteurs..."
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Sam 10 Jan 2009 - 16:43

    Dead attendit patiemment une réaction quelconque de son supérieur qui s'entêtait à ne pas le regarder. Il ne fut pas déçu.

    "Mesdames et messieurs, nous avons un gagnant à notre grrrand jeu 'Le chaînon défaillant' !"

    "Yeaaah !" S'écria-t-il brutalement en levant les bras, manquant de glisser de son siège pendant que son patron sifflotait une musique de victoire.

    Il se redressa alors que Hlodowic lui jetait enfin un coup d'oeil, et roula des yeux lorsqu'il reprit la parole.

    "C'est une bonne réponse, donc. Un petit bout de nougat pour notre vaillant compétiteur qui n'est pas aussi sot qu'il en a l'air !"

    "Hé, on se calme sur les critiques déguisées, je vous ai traité de con moi ?" Il est vrai qu'il aurait pu s'abstenir d'engager de nouveau les hostilités, mais si c'était pour se faire railler à la moindre occasion, il préférait mettre le holà tout de suite. Les choses risquaient de se compliquer jusqu'à atteindre le "point critique du poing dans la gueule" . Et ce n'est pas son propre visage qui serait la cible, puisque quelque chose lui disait qu'il avait beaucoup moins de patience que le gamin.

    Il décida de se taire jusqu'à la fin l'analyse superficielle de la situation. Il n'était pas tellement d'accord, et avait du mal à comprendre la position du lieutenant. Les sourcils froncés, il attendit son heure pour intervenir. Il ne saisissait pas les obligations des contrebandiers vis à vis d'une attaque d'un vaisseau inconnu. La situation était dangereuse pour eux, et ils n'en tiraient visiblement aucun intérêt. L'obligation était-elle morale alors ?

    Les questions s'amassaient dangereusement, menaçant de sortir en coupant la parole à Hlodowic. Mais malgré son problème avec la hiérarchie et sa "légère" vulgarité lorsqu'il était de mauvaise humeur, il n'était pas impoli à ce point. Il rongea son frein, ne pouvant pourtant pas s'empêcher d'afficher une mine impatiente en tapotant ses accoudoirs du bout des doigts.

    Mais avant qu'il ne puisse prendre la parole, l'humain lui posa une question qui lui donna froid dans le dos. Un missile astral composé par les trois vivenefs demandait une exceptionnelle collaboration, qui elle-même nécessitait une confiance en leurs alliés qu'ils n'avaient pas, et un dialogue avec l'armée qu'il n'avait absolument pas envie de voir arriver pour des raisons évidentes.

    "Attendez, attendez, une minute. J'ai du mal à comprendre, si nous avons si peu de chance d'en sortir en bon état, pourquoi s'y risquer ? Qu'est-ce qui nous oblige à y aller, à part un profond désir de se faire botter les fesses ? L'armée en particulier risque de mal voir notre absence, mais ce n'est pas comme s'ils v-... nous aimaient beaucoup. Et vous savez très bien que même si la mission était un succès vous n'en tirerez rien. Absolument rien."

    Il se tut quelques secondes, ferma les yeux en inspirant profondément, puis haussa les épaules en fixant de nouveau son regard sur son supérieur. Il croisa les chevilles, puis les bras, et reprit la parole :

    "Un missile astral, c'est impossible. Impossible à mettre en place, et Pandore n'a de toute façon pas les forces nécessaires. Ne perdons pas de temps avec ce genre de plan abracadabrants."

    Le besoin de fumer se faisait à nouveau ressentir alors qu'il bougeait une main pour repousser l'idée de Hlodowic, mais il attendrait de rejoindre sa cabine pour se le permettre, puisqu'il le fallait. Pris d'une impulsion, il fit tourner son siège de 360°, et bloqua sa rotation avec ses pieds pour rester face au lieutenant.

    "Moi il me faut une raison béton pour aller là-bas. Après, il me faut un objectif clair, des sous-objectifs bien définis, et là je pourrai travailler. Je vous écoute." Fit-il très sérieusement, croisant à nouveau les bras.
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Dim 11 Jan 2009 - 0:20

    Il est étonnant de constater combien les gens peuvent changer, lorsqu'ils sont face à deux conditions différentes. Cette étude sociologique réalisée sur un échantillon de deux personnes représentatives de la population tacticienne de Pandore montrait en effet que 100% des sondés présentaient une attitude assez insolente en temps "normal", c'est-à-dire en période de sociabilisation spontanée, alors qu'ils redevenaient plus sérieux lorsque pris en plein milieu de leur travail.
    Ainsi, la relation pourtant plus qu'hasardeuse lors des premiers instants entre Konrad et Deadalus était, du moins sur un plan professionnel, plus posée.

    Un peu plus, ne chipotons pas, je vous prie.

    Aussi surprenant qu'il pût paraître, Kaeffren sembla sortir de sa torpeur larvaire lorsque le beau, grand, vaillant et viril lieutenant tactique - ainsi se serait-il décrit s'il avait passé une petite annonce dans son magazine fétiche - lui envoya sa pique acerbe et dégagée.

    "Hé, on se calme sur les critiques déguisées, je vous ai traité de con moi ?"

    "Pas que je me rappelle. Et alors ?" glissa-t-il en un sourire un rien fielleux.

    Konrad avait toujours, depuis sa plus tendre enfance, refusé de suivre le précepte du Comte d'Anteroche : "Messieurs les Anglais, tirez les premiers." Même si Fontenoy se révéla être une victoire, notre lieutenant s'en tenait aux mots du Maréchal de Saxe qui refusait de reconnaître la véracité de ces paroles.
    Trois fois hélas, oui, l'esprit chevaleresque n'était qu'une illusion développée dans les livres pour enfants, le tout agrémenté de jolies images colorées illustrant le texte qu'elles juxtaposaient.
    Il laissa l'ambiance stagner un instant, histoire d'évacuer le surplus nauséabond de cette attaque vicieuse et d'éviter d'avoir à en venir aux mains. En effet, comme l'on pouvait s'en douter, Konrad ne rechignait pas forcément à user de ses poings - quoiqu'il ne prît que très rarement part dans une bataille rangée - mais sa force refusait souvent de suivre. La nature était ainsi faite.

    Son compagnon d'infortune, celui que Dame Destinée avait choisi pour supporter ses affres caractérielles commença à s'emporter, certainement dû à un stress néonatal mal catalysé, refaisant surface à cette étape de sa vie adulte, comme si un quelconque déclic psychologique s'était effectué en son for intérieur à ce moment précis.

    "Attendez, attendez, une minute. J'ai du mal à comprendre, si nous avons si peu de chance d'en sortir en bon état, pourquoi s'y risquer ? Qu'est-ce qui nous oblige à y aller, à part un profond désir de se faire botter les fesses ? L'armée en particulier risque de mal voir notre absence, mais ce n'est pas comme s'ils v-... nous aimaient beaucoup. Et vous savez très bien que même si la mission était un succès vous n'en tirerez rien. Absolument rien."

    'Rad dodelina de la tête.

    "Pro Deo et Rege et Patria, mon pote. Ou plutôt, pro me. Nous DEVONS y aller, et nous y allons. Personne sur cette carlingue ne peut changer quoi que ce soit... Histoire d'ordinateurs à personnalité... Si la mission est un succès, non, je n'en tirerai rien, sinon d'avoir effectué mon boulot comme il faut."

    Il haussa les épaules, attrapant de sa main droite sa canne posée à côté. Il se leva, s'étira le dos, faisant entendre quelques craquements disgracieux, et fit quelques pas en rond, en poursuivant :

    "Personne à bord n'y gagnera quoi que ce soit. C'est un beau traquenard. Soit on y reste totalement, sous forme d'atomes flottillant dans le vide cosmique, soit on y reste partiellement, perdant tous les modules de survie de Pandore, finissant soit arrêtés par les ARI, soit morts de froid, de faim, et de luttes fratricides dans la Vivenef..."

    Un large sourire sardonique stria son visage, lui donnant un air paradoxalement plus râleur qu'à l'habitude.

    "J'aime penser comme cela."
    Il reprit son expression faciale habituelle, justement inexpressive."Par contre, vous avez à y gagner. Vos galons, si vous ne vous faites pas descendre. Vous êtes gagnant, au final, sale petit veinard !"

    Konrad faisait à présent face à son adjoint en puissance. Les dents serrées, il réfléchissait à ce qui risquait vraiment d'arriver. Les pires films catastrophes du deuxième millénaire n'auraient pu arriver à une autre fin que celle qui s'affichait dans 90% des cas imaginés par le lieutenant : "... et ils laissèrent derrière eux veuves et orphelins. FIN"
    Konrad commença à tapoter sa canne contre sa chaussure, en s'asseyant sur le pupitre, ou plutôt en se reposant dessus, la mine soucieuse, écoutant les doléances de Deadalus.

    "Un missile astral, c'est impossible. Impossible à mettre en place, et Pandore n'a de toute façon pas les forces nécessaires. Ne perdons pas de temps avec ce genre de plan abracadabrants."

    Il le regarda faire son petit tour sur son fauteuil, comme un gamin hyperactif sous stéroïdes, avant de reprendre :

    "Vous devez confondre avec la Technique du Missile AstralE, avec un E, comme dans étourdi. Je vous parle de nos missiles, astraux, ceux qui partent dans l'espace. De quoi sont-ils composés, vous devriez le savoir, non ? Question de rattrapge, niveau Kindergarten. Un bloc guidage, un bloc explosif, et un bloc propulsion... Que peut-on faire avec tout cela ? Dites-vous ? Du carburant et des leurres ?"

    Il le fixa intensément, comme pour le forcer à énoncer l'idée, tel un maïeuticien un rien malavisé...

    "Moi il me faut une raison béton pour aller là-bas. Après, il me faut un objectif clair, des sous-objectifs bien définis, et là je pourrai travailler. Je vous écoute."

    "Une semaine de plus à l'infirmerie ?" proposa-t-il.
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Dim 11 Jan 2009 - 17:47

    Deadelus n'était pas content. Mais alors pas content du tout. Il trépignait sur son siège, croisant, décroisant les bras, tripotant les boutons de sa chemise, puis arrachant un petit bout de cuir du fauteuil qui commençait à tomber en lambeaux, à l'image de la vivenef.

    "Pas que je me rappelle. Et alors ?"

    Il ne rétorqua pas, pas encore, ravala sa fierté et laissa le silence qui suivit s'écouler, glacial, entre le lieutenant et lui. Il avait quand même sacrément envie de lui casser la gueule à ce moment précis, mais il avait survécu à un mois dans l'armée, alors il survivrait au caractère de cet ignoble petit personnage.

    Il souffla par le nez, s'installa presque correctement dans son siège, les bras sur les accoudoirs prévus à cet effet, et continua de fixer Konrad, ses yeux cachés sous ses sourcils froncés à la limite d'envoyer un message clair ressemblant à "Je vais t'arracher la gorge avec les dents".

    Une cheville se posa sur le genou de son autre jambe, et il s'appuya contre son dossier, les bras croisés. Tout dans son attitude criait qu'il n'avait rien à cirer de ce que son supérieur pouvait déblatérer avec sa bouche pleine de fiel qui adoptait de moins en moins un discours professionnel. C'était aussi mauvais que la dernière version au cinéma de l'exode humain vers Troie, un pseudo film historique appelé "Le désert de l'espoir", qui aurait très bien pu s'appeler "Film de merde avec des acteurs de merde et un réalisateur de merde sur des humains de merde", ou pour les intimes "Merde", tout simplement. C'était une synthèse très explicite, comme il les aimait.

    "Pro Deo et Rege et Patria, mon pote. Ou plutôt, pro me. Nous DEVONS y aller, et nous y allons. Personne sur cette carlingue ne peut changer quoi que ce soit... Histoire d'ordinateurs à personnalité... Si la mission est un succès, non, je n'en tirerai rien, sinon d'avoir effectué mon boulot comme il faut."

    Son "pote" leva les yeux au ciel. Réponse non satisfaisante, essayez encore !

    "J'aime penser comme cela. Par contre, vous avez à y gagner. Vos galons, si vous ne vous faites pas descendre. Vous êtes gagnant, au final, sale petit veinard !"

    Il haussa les sourcils avec une moue sarcastique. Encore une mauvaise réponse. Il se ferait sans doute descendre en suivant cet ahuri dont les motivations lui échappait. Qu'est-ce que c'était que ce discours à la "J'ai envie d'y aller, rien à battre que tout le monde se fasse descendre "mon pote" !". Voilà qui était bien loin d'être satisfaisant pour Deadelus. Il avait pourtant cru comprendre que Hlodowic ne souhaitait aucunes pertes, mais ses motivations montraient le contraire.

    S'il avait trépigné un peu plus tôt, il était maintenant assis dans une immobilité froide qui n'exprimait que trop bien que le point de rupture était proche.

    "Vous devez confondre avec la Technique du Missile AstralE, avec un E, comme dans étourdi. Je vous parle de nos missiles, astraux, ceux qui partent dans l'espace. De quoi sont-ils composés, vous devriez le savoir, non ? Question de rattrapage, niveau Kindergarten. Un bloc guidage, un bloc explosif, et un bloc propulsion... Que peut-on faire avec tout cela ? Dites-vous ? Du carburant et des leurres ?"

    Énervé par son erreur précédente, Dead répondit en secouant la tête, les yeux au ciel. L'attitude de Hlodowic effritait de plus en plus sa microscopique patience, et il n'appréciait pas être testé sur des questions aussi simples. Il se dit alors qu'il n'avait pas besoin de gâcher sa salive, d'autant plus qu'il se retenait de lui dire dans sa langue maternelle tout le bien qu'il pensait de lui.

    La réponse qu'il reçu à sa question sur les raisons de cette bataille, point le plus important à ses yeux, l'acheva.

    "Une semaine de plus à l'infirmerie ?"

    Son visage se vida d'expression, puis afficha un calme qui n'avait rien à voir avec l'explosion de violence qui hurlait dans son crâne.

    "Vous savez quoi ?" Demanda-t-il en se levant doucement, prenant appui sur les accoudoirs. "Allez vous faire mettre." Continua-t-il une fois debout, le regard froid.

    Il se dirigea vers le bout du pont de commandement, s'empêchant ainsi de se jeter sur son lieutenant pour lui refaire le visage à sa façon, et lança sans se retourner.

    "Ah, et si vous arrivez à devenir lucide, boitez donc rapidement jusqu'à ma cabine, pour qu'on puisse terminer cette conversation sérieusement."

    Il ne savait pas où était sa cabine, mais il trouverait sans doute quelqu'un quelque part qui saurait ...

    [EXIT > Le mat du couloir ]


    Dernière édition par Deadelus Kaeffren le Mer 14 Jan 2009 - 19:48, édité 2 fois
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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

    Message par Invité le Lun 12 Jan 2009 - 1:03

    Il y a des gens, et c'est bien dommage, qui refusent de rire, malgré les vertus curatives avérées de cet exercice abdomino-diaphragmo-zygomatique. Si l'on garde en tête les vieux adages et expressions éculées de nos aïeules flétries sentant le formol, rire revient à se "dilater la rate", ce qui augmente grandement la digestion, ce qui permet de passer une agréable nuit sur ses deux oreilles...

    Oui, mais attention ! Comme cela se disait avant qu'une loi interdisant les plaisanteries de mauvais goût en tout genre ne soit votée : "femme qui rit, femme au lit." Ainsi, un piètre rieur aura une vie sexuello-libidino-émotionnelle proche du zéro absolu. A noter qu'un grand rieur n'est pas forcément plus épanoui, entendons-nous...

    De là à tirer des conclusions sur la vie de Deadalus... Il n'y avait qu'un pas que Konrad se gardait bien de franchir, esquissant lui aussi assez peu de sourires joviaux et amicaux. Assez peu de sourires, en fait. Il n'esquissait rien, pour être honnête, rien d'autre que ses schémas lors des sorties de l'escadrille. Fallait-il supposer qu'il était artiste dans l'âme ?

    Non.

    Dans son âme, à l'heure actuelle, quelque chose s'était figé.

    "Vous savez quoi ? Allez vous faire mettre."

    Que les élèves studieux proposent un modèle d'éruption volcanique. Avant toute chose, il faut que la pression monte afin de créer l'effet dit "cocotte-minute" (ou "vos légumes à la vapeur sans machine à la vapeur"). Puis, une fois bien pressurisé, votre autoclave commence à se déformer, puis explose, projetant carottes, navets, oignons et autres petites gourmandises aux quatre coins de votre cuisine refaite par un décorateur moderne suédois.

    "Ah, et si vous arrivez à devenir lucide, boitez donc rapidement jusqu'à ma cabine, pour qu'on puisse terminer cette conversation sérieusement."


    Blorp, fit la petite âme de Konrad à ce moment précis. Oh, il était calme, d'ordinaire, tant que l'on s'envoyait des piques à la figure. Mais il ne supportait pas les insultes.

    "DITES DONC VOUS VOUS CROYEZ OU ??" éructa-t-il d'une manière étonnamment puissante pour un homme de son gabarit.

    Mais trop tard, l'énergumène partait déjà, laissant Hlodowic comme deux ronds de flan.

    *MAIS QUEL "*¤£@ DE èù%§ DE ~&>£ !*

    Attrapant sa canne, il la jeta dans le dos du sous-lieutenant en puissance, trop tard malheureusement, car elle ne heurta que la porte qui se refermait sur son dos.
    Maugréant autant qu'il pouvait, il claudiqua jusqu'à la sortie, s'aidant des pupitres sur son chemin pour avancer plus facilement, et récupéra sa canne, avant de partir à la suite de son insubordonné collègue, la bave aux lèvres, tant la rage qu'il avait l'avait profondément atteint.

    --> Le mat du couloir

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    Re: Un quart d'heure de politesse {#001}

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